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Distinction entre responsabilité et conviction

5 juin 2007 | Imprimez cet article |

Quelques temps avant l’élection présidentielle, Alain Boyer (professeur de philosophie politique à l’université de Paris-IV - Sorbonne), avait écrit un excellent article dans le Figaro. Son titre ? “Si vous êtes vraiment de gauche, votez Sarkozy!”. Cet article est vraiment excellent, clair et concis à la fois. Je ne peux que vous conseiller de le lire !
Je reviens dessus simplement parce que la distinction qu’il fait dès le début entre “morale de conviction” et “morale de responsabilité” est essentielle, et me parle beaucoup. On retrouve partout, en politique comme au travail, cette ligne de scission entre convictions et responsabilités.

Max Weber et Raymond Aron ont in­sisté sur deux atti­tudes possibles : la morale de la conviction, qui ne s’intéresse pas aux effets de l’ac­tion mais seulement à ses intentions, et la morale de la responsabilité, qui cherche à anticiper les conséquences d’une action avant d’arbitrer, parfois dans la douleur, en sa faveur. Cette morale n’a rien à voir avec le « réalisme » amoral. Mais elle tient qu’il est immoral de poser au moraliste intègre sans s’interroger sur le bilan prévisible de ses actes. On peut opposer, comme le philosophe « républicain » Philip Pettit, le fait de vouloir « honorer » une valeur et celui de chercher à la « promouvoir ». Seule cette atti­tude-ci est responsable.

Il décrit ensuite, à l’aide d’exemple concrets, la différence entre ces deux attitudes. Vraiment, il faut lire cet article magistral !
Pour finir, la conclusion de l’article :

Aujourd’hui, vu l’état du pays, il faut avoir le courage de pro­poser certaines réformes dites « libérales », incitatives, et ­né­gociées avec ceux qui, comme la CFDT, acceptent de ne plus considérer la politique en démocratie comme une guerre, un conflit à somme nulle, mais comme une délibération commune suivie de compromis.
Quiconque veut promouvoir les valeurs sociales devra en passer à l’heure qu’il est par des réformes dites « libérales », conditions sine qua non de la sauvegarde des retraites et de la Sécurité Sociale. La justice doit prendre en compte les générations futures. Les hommes et les femmes politiques de progrès sont ceux qui ont cessé de prendre les électeurs pour des idiots économiques - cessant de faire comme s’il suffisait de « faire payer les riches », de s’endetter et de moins travailler - et se donnent les moyens de promouvoir réellement la liberté, l’égalité et la solidarité.
Quant aux émotifs qui méprisent les « calculs » et la « rentabi­lité », rappelons cette phrase de l’économiste marxiste Charles Bettelheim, citée naguère par Michel Rocard : « Quand on cesse de compter, c’est la peine des hommes que l’on cesse de compter ». Même si l’on peut en critiquer certains aspects, seul le programme économique de Nicolas Sar­kozy, comme l’était celui, très proche, de François Bayrou, semble en mesure de promouvoir à long terme les valeurs du progrès social, de la protection et de la liberté. La démarche d’hommes de gauche comme Christian Blanc et Eric Besson n’est donc pas une trahison de leurs valeurs. Français, encore une effort pour promouvoir les valeurs de gauche !

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24 commentaires à “Distinction entre responsabilité et conviction”

  1. pap a dit :

    Bravo pour avoir mis l’accent sur cet article qui effectivement joue le contre pied d’une façon passionnante. Je rebondis sur cet article en ajoutant quelques interrogations qu’ils réveille en moi.
    1- La morale de conviction serait-elle plus de gauche et celle de responsabilité plus de droite? A l’évidence non. Mais si on laisse dériver ces notions on pourrait se demander si une politique du sentiment et de l’idéal serait plus de gauche tandis qu’une politique du résultat économique serait plus de droite. On dira toujours non. Et pourtant? Où se situerait alors Sarkosy.
    2- Si on juge que la liberté des individus et que le développement des moyens de cette liberté sont plutot de gauche alors il faut accepter que protéger les faibles devant les insécurités, les carcans de la carte scolaire, les femmes contre la tyrannie des mollahs, les jeunes contre les difficultés d’emprunt ou le travail bouclé, les voyageurs sans baggage contre les ukases de faux grévistes totalitaires…alors ne faut-il pas considérer le programme de Sarkozy comme de gauche?
    3- Si la rupture est la marque de fabrique de Sarkozy, si l’enjeu est effectivement de rompre avec l’ordre établi, de droite ou de gauche, le nouveau président n’est-il pas alors l’héritier direct de mai 68? Pourquoi dès lors s’affiche-t-il comme celui qui mettrait fin à la gabegie post soixante huit? Ceux qui laissent à croire que 68 aurait marqué le virage à gauche de la France nous trompent. En 68 la France a tenté de changer. Elle l’a d’ailleurs fait en partie. En partie seulement car au fond l’immobilisme a vite repris le dessus. A droite comme à gauche. Et depuis cette époque c’est effectivement la rupture qu’attend la France. Est ce pour cette fois?
    4- Si on croit à la rupture, si la “conviction” emporte l’électorat, si Sarkozy incarne cette rupture, est-il autre chose qu’un prohète, un démagogue, un leader qui vit de la conviction? Sera t-il capable de revenir à la morale de responsabilité, de l’imposer à tous les croyants, de droite comme de gauche, qui ne se posent aucune question politique car ils vivent dans la conviction. Pour paraphraser Nietzsche, par dela le bien et le mal, par dela la droite et la gauche, il y a effectivement un clivage beaucoup plus profond auquel on doit appliquer cette réflexion très forte: “le pire ennemi de la vérité ce n’est pas le mensonge mais la conviction”. Dur dur d’être un pépé.

  2. LOmiG a dit :

    salut pap,
    merci beaucoup pour ce commentaire plein de questions passionnantes !
    quelques réponses personnelles :

    • Sur l’aspect “ligne de partage entre droite et gauche”
      L’article en question implique directement, comme tu le fais, de se questionner pour savoir quelle est la ligne de démarcation entre gauche et droite…à l’évidence, ce n’est pas cette distinction entre morale de conviction et morale de responsabilité. A l’évidence, pour moi, également, ce n’est pas non plus seulement la place de la liberté individuelle et/ou de l’Etat. Je trouve que la liberté individuelle est une notion transversale qui est de droite et de gauche nécessairement, parce qu’elle est de bon sens. Quelle société intéressante sans mettre un accent fort sur la liberté individuelle responsable ? La réflexion est intéressante : qu’est ce que la droite et qu’est ce que la gauche ? mais c’est justement l’intérêt de cet article : faire le tri entre morale de conviction et morale de responsabilité est bien plus intéressant que de faire le tri entre droite et gauche. C’est pour ça que Kouchner est dans le gouvernement : la morale de responsabilité l’a emporté dans ce cas sur la morale de conviction (qui caractérise bien Hollande, par exemple)
    • Sur l’aspect “rupture” et “conviction” :
      pour moi, ce avec quoi Sarkozy doit rompre avant tout, c’est avec la culture de la conviction justement ! Mettre en place une culture du résultat, du constat objectif est le plus gros chantier de fond qu’il a à mener avec Fillon et ses ministres. Evaluer les politiques menées régulièrement, être capable de reconnaitre des erreurs et de réorienter au besoin, utiliser la raison plus que la passion : voilà la rupture que j’attend. On verra. Espérons que les immobilistes ne viendront pas pourrir le débat avec leurs convictions rances (à force de les honorer, et de ne pas les promouvoir).

    Le positionnement droite/gauche est pour moi beaucoup trop relié à une histoire, au passé et à des convictions pour m’intéresser vraiment : je me sens proche de ceux qui cherchent à promouvoir les valeurs humanistes (liberté, égalité, fraternité ?) qui ne sont, à mon avis, ni de droite ni de gauche et surtout (exception faite des extrêmes de droite ou de gauche) qui sont partagées par la droite et la gauche. Selon il y a des problèmes à résoudre, et ce sont les mêmes pour la droite et la gauche, parce que justement leurs valeurs ne sont pas si éloignées que ça…Sur la manière de les résoudre, il n’y a qu’un voie : la morale de la responsabilité.
    bisous, à bientôt !

  3. Mandel a dit :

    Si vous êtes vraiment de droite, votez Besancenot!

    Besancenot fait, comme nombreux de ses camarades de la gauche modérée (ça c’est pour se moquer d’un Sarkozy dit “modéré”), une synthèse habile entre responsabilité et convictions. D’un côté, la conviction assumée de valeurs d’humanisme, de tolérance, et de pensée globale où chacun aurait la possibilité d’avoir ue vie décente, selon un modèle de société favorisant le dialogue à l’affrontement, le réalisme à la stigmatisation, la politique à la pipolisation et au symbolisme.
    De l’autre, c’est une morale de responsabilité: Il sait que la cohésion sociale est essentielle et se bat pour que la sécurité soit accessible à tous, à travers les droits sociaux effectifs, les revalorisations salariales, la possibilité de trouver un logement, et d’un autre côté, une lutte à la source contre les problèmes, directement sur les causes de ceux-ci et non sur leurs effets.
    On peut regretter par ailleurs que Sarkozy et les autres aient un programme économique fondé sur leur idéologie, et non sur le réalisme pragmatique qui devrait avoir lieu.

    Au lieu de ça, le président veut baisser le pouvoir d’achat avec la TVA sociale (ça, personne ne peut le nier), faire baisser les cotisation sociales pour affaiblir l’Etat social et le spossibilités de progrès en se fondant sur une croissance qui sera très faible et avec le volet des heures sup’, qui ne créera pas d’emplois mais affaiblira les redistibutions et le service public, car ce seront ces heures sup’ qui serviront de levier d’ajustement dans les entreprises et non les embauches. La consommation ne repartira pas de cette manière et seuls les cadres sup’ et les catégories encore plus aisées s’y retrouveront par la baisse du coût du travail “faiblement rémunéré”…

  4. pap a dit :

    “le réalisme pragmatique” mais oui c’est ça! C’est bien connu que plus les services publics sont étendus plus le peuple a de pouvoir d’achat, plus il est propriétaire, plus il est libre! toute l’histoire du monde le prouve! avez vous oublié le communisme? Quel pays socialiste vérifie ces bêtises? Les riches s’achètent entre eux et gardent leur pognon rien que pour baiser les pauvres! ah que ce capitalisme est pourri et comme il appauvri les chinois et autres indiens! Mais voila, nos petits fonctionnaires français bien protégés dans leurs garantie ne veulent rien donner aux petits chionois. ni aux indiens ni à personne. Tout pour ceux qui vivent de leur simple droit de blocage. Allez on nettoie! au boulot! et bien sûr quand on a l’ambition de redistribuer la richesse au niveau mondial ça passe par quelques ruptures. Pourvu que Sarkozy ne cède pas quand les derniers dinosaures empêcheront les trains de rouler. Pourvu qu’il facilite les transferts de richesse vers ceux qui tous les jours se battent pour vivre de leur travail dans des conditions de plus en plus difficiles, en concurrence avec le monde entier. Pourvu qu’ils ne permette plus que des flemmards officiels pourrissent l’esprit critique de nos enfants. Pourvu qu’ilouvre une grande fenêtre pour que nos journalistes voient enfin la vie à coté de leur boudoir. Pourvu que Besancenot soit privatisé ou que Google et la poste hollandaise lui apprenne ce qu’est la véritable solidarité prolétarienne.

  5. LOmiG a dit :

    salut,
    deux exemples pour te montrer que, contrairement à ce que tu sembles penser, Besancenot n’est pas du tout dns le pragmatisme et dans la morale de responsabilité :

    • Besancenot propose d’augmenter les effectifs de la fonction publique, alors même que toutes les études et tous ceux qui veulent bien ouvrir les yeux savent que notre fonction publique est trop nombreuse, et trop peu efficace en regard des sommes dépensées. Par ailleurs, le coût pour la société des retraites de la fonction publique met un poids considérable sur les épaules de toute la population, dans un avenir proche. Il suffit de regarder les réformes de la fonction publique qu’on effectué tous les grands pays du monde pour se rendre compte que Besancenot est irréaliste et dogmatique là-dessus. En pleine morale de la conviction…
    • Besancenot propose d’interdire les licenciements…a nouveau, tout le monde sait que notre taux de chômage élevé est du en partie à une rigidité extrême de notre marché du travail (en gros c’est tellement dur de virer quelqu’un, que les employeurs n’osent plus embaucher). A nouveau besancenot est dans la conviction plus que dans la responsabilité…

    Quant à toi, qui nous sort des faussetés pareilles, j’espère que c’est à cause de tes convictions, plus qu’à cause d’une malhonneteté intellectuelle…
    a bientôt !

  6. LOmiG a dit :

    Besancenot privatisé, ça c’est une très bonne idée ! :mrgreen: ok avec ta mise au point : il faut réexpliquer toujours et encore que le capitalisme n’est pas un choix, et que jusqu’à preuve du contraire c’est la seule voie pour sortir de la pauvreté.
    a bientôt!

  7. pap a dit :

    oui Lomig, tu as raison et ta capacité à expliquer encore et encore est une grande qualité qui valorise ton blog.

  8. Gontran a dit :

    Salut les Cocos ! J’ai lu toute la discussion : très intéressante !
    Je me rend compte régulièrement qu’il y a peu d’interlocuteur dans mon entourage avec qui on peut aller au fonds des choses comme ça, calmement. Des fois je me demande si il est pas trop tard pour changer les choses, le formatage de l’esprit qui existe dans notre société étant trop puissant, relayé par un système éducatif injuste et sectaire (j’ai eu 15 ans pour l’étudier) et des groupes de pression (médias, politique,…) souvent centrés sur l’élargissement de leur pouvoir. Aller, j’y crois quand même !
    Gont

  9. LOmiG a dit :

    Salut Gontran,
    merci pour ton commentaire !
    C’est ça ce que j’aime avec le blog : c’est à mi-chemin entre l’oral et l’écrit, et ça permet de manière relativement interactive de discuter sur le fond quand même…!
    Je ne partage pas ton pessimisme quant au formatage des esprits : contrairement au son de cloche ambiant dans les milieux “intellectuels” (nous, les journalistes, ceux qui ont eu la chance de faire des études), la majorité des gens n’est plus vraiment dans le politiquement correct que tu évoques (ou le discours gauchisant anti-capitaliste) … c’est pas pour rien que Sarkozy est passé ! Je pense que ça va achever de libérer la parole, et surtout les actes.
    a bientôt !

  10. BOYER a dit :

    Une étudiante m’a communiqué votre adresse. Merci de ce que vous dites de mon petit article, écrit en fait en …Janvier 2006, mais que le Monde avait refusé, et que le Figaro n’a fini par prendre qu’entre les deux tours, en me proposant de prendre “carrément” position, dans le titre et en conclusion. Ce que j’ai fait, au risque de m’aliéner l’amitié de certains de mes amis, qui me considèrent commme un “vendu”… Je voulais provoquer un débat, merci de le continuer !!!!!
    PS(…) : Ayant été longtemps rocardien, j’avais en 2006 envoyé mon papier non publié à Michel Rocard, qui m’avait répondu en m’approuvant sur l’essentiel, et en confirmant la véracité de la citation que je lui prête à la fin
    Merci!
    Alain Boyer

  11. LOmiG a dit :

    Bonjour M. Boyer,
    je suis très touché, et très honoré que vous ayez pris la peine de venir mettre un commentaire sur ce blog. J’espère que la discussion relancée grâce à votre article vous parait intéressante ; je trouve en tout cas, pour ma part, que la distinction entre morale de responsabilité et morale de conviction est très éclairante. Merci à vous pour cet article qui m’a permis de mettre des mots, et d’affiner ma réflexion sur ce sujet important. Le partage droite/gauche est souvent beaucoup trop réducteur. Il est bon qu’un homme dit “de gauche” le rappelle, car il est d’usage que lorsque l’on déclare être un peu hors de ce clivage, on se voit répondre : “ceux qui ne voient pas bien la différence entre gauche et droite sont de droite”. Le réflexion mérite, à l’évidence, d’être poussée un peu plus loin, et c’est ce que votre remarquable article faisait de manière simple et directe.
    Je me permettrais certainement de vous poser quelques questions par mail, et pourquoi pas, si vous en avez le temps, pour une interview écrite ?
    à bientôt ! et merci encore.
    PS : un grand merci également à votre étudiante pour avoir pris la peine d’attirer votre attention sur mon petit billet ; n’hésitez pas à la remercier de ma part !

  12. BOYER a dit :

    C’est le philosophe Alain, radical de gauche, qui disait dans les années trente “si quelqu’un vous dit que la distinction gauche/droite n’a plus de sens, vous pouvez être sûr qu’il n’est pas de gauche”.. Je l’ai longtemps pensé, depuis ma jeunesse (luxemburgo-situationniste.. “conseilliste”…) ; puis mes années “rocardiennes”. Je pense qu’une démocratie a besoin d’une droite et d’une gauche (modernes), au sens ou l’alternance est nécessaire ; mais la distinction “démocratie libérale représentative”/ tyrannie est plus importante à mes yeux ; or il y a eut autant de terreurs de (extrême) droite que de (extrême) gauche….
    Bien à vous !!

  13. pap a dit :

    Il est bon que cette discussion fondamentale puisse reprendre sur ce Blog où la liberté d’expression me semble réelle.
    Bien sûr la phrase d’Alain sonne juste. Mais le problème n’est pas de dire que le clivage droite/ gauche n’existe plus. Il faut accepter l’idée, qu’avec l’éducation, chaque citoyen prend tous les jours un peu plus conscience qu’il est à la fois de droite et à la fois de gauche. L’équilbre de la société ne passe pas par être de droite ou être de gauche mais par le fait que chacun de ses membres puisse assumer (responsabilité) ses tendances de droite ( production de richesse, respect d’un ordre choisi, liberté d’initiative…) et ses tendances de gauche ( répartition des richesses, égalité social, sensibilité humanitaire et bénévolat…). on pourrait détailler ces points. Ce qui est sûr c’est que nos groupes sociaux ont intérêt à faire comprendre que ces valeurs ne sont pas antagonistes mais complémentaires, à la fois au sein de chaque individu mais aussi pour le groupe lui même. Cela semble tellement évident qu’il faut s’interroger sur les raisons pour lesquelles il faut encore discuter droite/gauche alors que tant d’autres forces sont à prendre en compte. J’y vois une première raison, c’est l’arriération culturelle des nos médias qui sont fondamentalement sur une ligne globale de lutte des classes: les riches ne sont riches que parce qu’ils prennent aux pauvres; les pauvres sont pauvres parce qu’ils sont spoliés par les riches; aver le corollaires ridicule: les riches sont à droite et les pauvres à gauche. Nos médias, malgré tout, et même si je ne dis pas qu’ils façonnent l’opinion, en sont malgré tout représentatifs. On pourrait, comme pour le clivage droite/gauche, lire en chacun de nous (et pour la société) les impacts des notions masculin/féminin, ou religieux/non religieux, réformiste/conservateur, etc et relire les évènements pour comprendre l’évolution du monde et construire des programmes politiques. Mais voila, les journalistes ne lisent qu’une chose: droite ou gauche. Alors on se trouve dans une vison binaire, simpliste du monde qui pollue les réflexions de tous ceux qui se laissent porter par les mièvreries journalistiques de base. A chaque instant il faut relire les infos en essayant de comprendre les forces à l’oeuvre sans se faire baiser par le marxisme simplificateur des faiseurs de jeux de mots pour titres alléchants. Et ça rend fou en plus de prendre beaucoup de temps…alors le lecteur se laisse porter et tombe souvent dans le panneau. Les journalistes s’engent aussi dans une nouvelle façon de voir: intégristes/athés, qui est aussi limitante.
    A mes yeux le couple de critères réformiste/conservateur est plus pertinent pour saisir les évolutions françaises immédiates et celles du monde entier.

  14. BOYER a dit :

    Il y a deux ans, j’ai donné un cours de licence (ouvert à tous) sur “Réforme et Révolution”, et j’ai commencé par une distinction entre réactionnaire/conservateur/réformiste/révolutionnaire, tout étant rapport au temps, en faisant remarquer que l’on pouvait se retrouver soi même parfois adopter l’une ou l’autre des 4 positions, selon le problème ; je suis “conservateur” quant à l’abolition de l’eslavage et de la peine de mort.. mais avoir été favorable à leur abolition en 1848 était révolutionnaire ; on ne peut pas “réformer” l’esclavage ou le mariage forcé ! il faut d’autre part distinguer : parle t on de la totalité des institutions de base de la société, comme dit Rawls, auquel cas je me considère comme réformiste, la révolution, qui mène souvent à la guerre civile, n’étant légitime que contre une tyrannie (laquelle ne permet aucune manif, aucune presse libre, et domine par la peur (Montesquieu)), ou de telle institution, l’Université, par exemple, où l’on peut selon les cas être “réactionnaire” (revenir sur des “acquis” aux effets pervers) ou réformiste, conservateur (comme l’est souvent le mouvement étudiant, sous des allures révolutionnaires sympas…)
    Je crois donc que l’on peut et doit avoir de l’imagination institutionnelle, comme aurait dit Castoriadis (demeuré toute sa vie “révolutionnaire”, mais dont le projet de “société autonome” (et frugale) m’est vite apparu comme une utopie de plus..) Il nous faut des “utopies réalistes” ((Rawls encore), qui tiennent comptent des réalités de la rareté des biens, de la nécessité de l’échange, de la monnaie, de l’investissement, et donc du marché (régulé, mais pas trop! par le Droit et l’OMC (dirigée par un socialiste Français, proche de DSK)) , de l’absence d’altruisme généralisé, des dangers de la démographie, de l’effet inattendu de nos petits actes “agrégés” sur les générations futures et la Terre que nous leur laisserons.. A ce propos, je soutiens que seule la science+une prise de conscience globale peuvent nous sauver… Les gens qui attaquent la science et la technique globalement sont à mes yeux dangereux! Nous devons avoir une Idée du Progrès, mais une Idée non naïve, conscients que tout peut basculer et que l’Histoire n’est pas “écrite” (Aron,Popper)..
    Merci pour ce débat, qui nous éloigne de son point de départ, mon modeste article “provocateur”, mais qui semble connaître quelques débuts de réalisation…
    PS : ma dernière phrase était une allusion au Saigneur (…) de Lacoste, marquis de Sade : “Français, encore un effort pour être républicains” (La Philo dans le Boudoir…)
    AB

  15. BOYER a dit :

    Il serait trop long de répondre à ce réquisitoire de Mandel ; les effets de la TVA sociale (augmenter le prix des importations,etc.), testée par l’Allemagne avec semble t il succès (mais leur compétitivité à l’export est très supérieure à la nôtre) sont un sujet de discussion très technique chez les économistes ; un réformiste ne devrait pas se priver de la “tenter” sur tel ou tel produit ; l’effet rique d’être … nul ; mais dire que “personne ne peut nier” que Sarko “VEUT” faire baisser le pouvoir d’achat de ses électeurs relève du procès d’intention, de la théorie de la conspiration (que même Marx dénonçait) et de l’absurdité : il “veut” ne pas être réelu ???!!! c’est totalement insensé ; s’il échoue sur le pouvoir d’achat et le chômage, il sera battu, il le sait, il ne peut pas le “vouloir” !!! on peut douter de certaines réformes, mais pas penser que le Gvt “veut” appauvrir 90% des Français, ce serait évidemment suicidaire ! J’avoue ne pas comprendre ce genre de raisonnement … Excusez moi, Mandel, qui portez le nom d’un grand républicain assassiné par les nazis et sur lequel Sarko a fait un livre (que je n’ai pas lu), et aussi d’un économiste célèbre de la IVième Internationale, dont la Ligue est toujours je crois le membre français ? La Ligue a tort,c’est caïman sûr, disait on quand j’étais jeune, vers 70 ….
    AB

  16. LOmiG a dit :

    bonjour,
    merci pour ton commentaire !
    je crois qu’il faut effectivement souligner que le raisonnement de Mandel est effectivement absurde. Démonstration faite !

  17. LOmiG a dit :

    salut pap,
    merci pour ton commentaire.
    Je me retrouve complètement dans cette manière de voir les choses : nous avons tous effectivement des idées et des valeurs de droite et de gauche ! Les couples binaires comme droite / gauche ne sont intéressants que s’ils sont utilisés sur leur ligne de démarcation (la richesse est dans leur différence). Ceux qui veulent les utiliser uniquement pour opposer des choses soi-disant contraire perdent la richesse dipôle. Ca a le mérite de leur éviter de réfléchir, et d’intégrer dans leur réflexion le bon niveau de complexité.
    à bientôt !

  18. LOmiG a dit :

    salut BOYER,
    et merci pour ton commentaire (la coutume sur les blogs est de tutoyer tout le monde ; fais le moi savoir si tu y vois un inconvénient…)
    Finalement Pap et toi êtes d’accord sur un point : nous avons tous en nous des composantes droite/gauche, réformistes/conservateurs, etc…que nous laissons s’exprimer et qui servent de guide à l’action selon les circonstances.
    Ce que tu décris comme nécessaire à prendre en compte dans une “utopie réaliste” pour qu’elle soit réaliste, justement, est effectivement la base indispensable ; pour qu’un consensus se fasse là-dessus, je crois sincèrement qu’il faut de toute urgence intégrer l’économie dans les manières enseignées au collège et au lycée. C’est proprement scandaleux que les français, moi le premier, soient de tels incultes économiques.
    Si les médias sont sur une ligne de base “lutte des classes”, je crois que les français sont réellement des naïfs économiques, et ce serait un deuxième élément d’explication.
    à bientôt,

  19. Expression Libre » Blog Archive » Smic : enfin du courage politique ! a dit :

    [...] le SMIC, pourquoi ne pas le mettre à 3000 € ? Comme toujours, on retrouve bien une ligne de distinction entre la morale de conviction et la morale de responsabilité : d’un côté, ceux qui, pétris de bons sentiments, vont expliquer qu’il faut augmenter [...]

  20. Expression Libre » Blog Archive » Karl Popper : la démocratie libérale en 8 points a dit :

    [...] écrit un petit billet en juin pour diriger les lecteurs vers un article magistral paru dans le Figaro, écrit par Alain [...]

  21. Pourquoi je suis libéral » article » Expression Libre a dit :

    [...] époques, il faut introduire de la solidarité étatique, ou du libéralisme. En France en 2007, il faut introduire du libéralisme. Pas parce que le libéralisme serait “meilleur” que l’étatisme, mais simplement [...]

  22. Libéralisme et constructivisme » article » Expression Libre a dit :

    [...] y aura, je pense, plusieurs autres billets consacrés à ce bouquin merveilleux). La distinction apportée par Alain Boyer entre morale de responsabilité et morale de conviction avait été super enrichissante, et bien [...]

  23. Bergame a dit :

    Il y a toujours quelque chose qui me chiffonne un peu personnellement, dans cette distinction entre morale de la conviction et morale de la responsabilité.
    D’abord, il me semble difficile d’à la fois se référer à Weber et de le tronquer. Or, Weber privilégie-t-il la morale de la responsabilité, rien n’est moins sûr. C’est UNE interprétation, mais je suis gêné par le fait de très peu lire de justifications à cette interprétation.
    Ensuite, il est troublant de constater que les tenants de cette interprétation, par ailleurs, se réfèrent régulièrement à Kant et à l’éthique kantienne. Mais je pose la question : Qu’est-ce que l’éthique kantienne si ce n’est la Gesinnungsethik, autrement dit l’éthique déontique ?
    Enfin, c’est justement parce que Weber est quand même au moins en partie un héritier de l’Ecole de Bade (neo-kantisme axiologique) qu’on peut justement se demander si, quitte à privilégier une éthique plutôt qu’une autre, ce n’est pas justement l’éthique de la conviction qu’il privilégie.

    Toujours est-il que peu importe les interprétations de Weber, auquel on fait dire de toutes façons beaucoup de choses. La question me semble être : Comment peut-on se réclamer de Kant sur le plan moral et politique tout en arrivant presque à considérer l’éthique de la conviction comme “immorale” ?

  24. LOmiG a dit :

    Salut Bergame,
    merci pour ce commentaire très philosophique. Je te le dis tout net : je n’ai pas les connaissance nécessaires pour y répondre.
    Par rapport à ta question finale : je ne vois pas trace dans l’article d’Alain Boyer de référence à Kant. Il propose seulement une vision, pragmatique, consistant à rejeter ceux qui optent pour des “postures” intellectuelles, sans se soucier des conséquences de leurs actes. Pas besoin, à mon avis, d’aller chercher dans les textes de Weber, de Pettit, ou de Kant pour discuter sur ce point. Il me parait relativement évident que la conviction, en politique, doit être plutôt un socle moral minimal sur lequel on s’entend, et qu’ensuite tout le travail qui reste, et il est énorme, concerne la réalisation concrète.
    à bientôt, précises le sens de ta question si je n’y réponds pas du tout !

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