Le modèle : un outil indispensable !
25 juin 2007 | Imprimez cet article |Les sciences utilisent un outil de pensée nommé modèle. Qu’est-ce qu’un modèle ? Un modèle est une vue simplifiée du monde : selon la simplicité du modèle, son utilisation diffèrera. Le modèle est le lien entre théorie et pratique. A nous de savoir construire, modifier, échanger des modèles pour savoir penser notre vie, et vivre notre pensée.
Les sciences utilisent toutes un objet dont la complexité est variable, et l’utilité énorme, qui s’appelle un modèle. Qu’est-ce qu’un modèle ?
Qu’est ce qu’un modèle ?
Un modèle c’est une vue simplifiée de la réalité. Concevoir, utiliser un modèle, c’est reconnaitre que nos cerveaux sont limités et ne peuvent pas embrasser le monde entier dans sa complexité : pour penser la réalité, il faut la modéliser (sauf si l’action ne nous intéresse pas, auquel cas on peut simplement laisser la pensée fôlatrer de manière contemplative à travers la complexité du monde). Donc : pour penser la réalité en vue d’une compréhension active, il faut utiliser des modèles, qui sont des simplifications.
Tous les niveaux de complexité sont utiles
Le degré de simplification de la réalité qu’implique le modèle représente le niveau de détail qu’il pourra atteindre dans sa description ; et ce degré de précision n’est pas dépendant d’un quelconque amour de la vérité, mais bien plutôt du type d’action recherchée. On peut décrire une même réalité avec différents modèles, plus ou moins complexes et précis, selon l’utilisation que l’on veut en faire.
L’exemple couramment utilisé pour illustrer cela est le plan : un plan est une modélisation du territoire réel, utilisé généralement pour se déplacer. Selon ce que vous voulez faire comme trajet, le même plan ne sera pas le meilleur : si vous voulez aller de Paris à Bordeaux, il y a des chances pour qu’une carte autoroutière sera la plus adaptée ; tandis que si vous voulez aller faire une randonnée sur la montagne voisine, à coup sûr, un bon plan précis de l’IGN sera plus approprié. Ces deux plans ne sont pas incompatibles, ou contradictoires : ils sont adaptés chacun à un type d’action différent. Ils se complètent. C’est leurs différences qui font leur valeur : un plan routier précis comme une carte IGN serait proprement inutilisable, et une carte Michelin ne servirait pas beaucoup pour savoir comment passer un col. La qualité d’un modèle ne dépend donc pas de son degré de précision : elle dépend de l’adéquation entre cette précision et l’action recherchée.
Le modèle : un outil théorique et pratique
Trouver le modèle adapté à une situation donnée est un travail intéressant, et indispensable. Et c’est tout le contraire d’un travail théorique, contrairement à ce que l’enseignement français pourrait laisser penser : bien loin d’être un outil abstrait pour les recherches théoriques, le modèle est ce qui relie l’expérimental au théorique. On ne peut tester un modèle qu’en le confrontant à la réalité ; on ne peut véritablement valider un modèle que si des outils théoriques permettent de prédire les conséquences de ce modèle, et de les proposer à la réfutation. Construire un modèle, c’est simplifier le réel dans un but d’action. C’est donc un outil indispensable pour la pensée.
Notre réflexion sur le monde, sur notre vie utilisent en permanence cet outil : penser sa vie à différents niveaux de complexité est indispensable ; à nous de savoir construire et utiliser, selon les situations et les besoins, les modèles adaptés. Tout le travail et le sel de l’action pragmatique se trouvent là : savoir passer d’un modèle à l’autre, savoir faire évoluer les modèles, savoir partager les modèles.


25 juin 2007 à 13:40
Moi je suis d’accord, les modèles c’est le top.
25 juin 2007 à 13:54
salut rémi,
merci pour ton commentaire…
oui c’est le top. Je parlais évidemment dans ce billet uniquement de l’aspect “réflexion construite”…il y a plein de moments dans la vie, où ce n’est pas de modèles dont on a besoin, mais simplement de profiter.
Un autre intérêt d’un modèle, que j’ai sous-estimé dans le billet, c’est que la description par le biais d’un modèle, permet d’en discuter, donc d’échanger…Le modèle est le média des sciences, comme le sentiment est le média des arts…? euh, je dis n’importe quoi, là !
à bientôt !
25 juin 2007 à 17:35
Le modèle… un des outils principaux de la politique ! Personnellement, je regrette que les modèles qui nous sont présentés pour expliquer la ligne directrice de nos gouvernants soient trop simplificateurs.
25 juin 2007 à 18:56
salut Nath,
merci pour ton commentaire…!
un des outils de la politique, de la science, et de la pensée en général. En politique, mon impression est que les modèles les plus simplificateurs sont ceux des extrêmes, puisqu’ils se positionnent dans une logique d’affrontement (contre les riches, contre les étrangers, contre les patrons, contre un ennemi en général)…
Les modèles de sociétés les plus évolués, et les moins simplificateurs sont ceux des partis modérés. Toute la force, à mon sens, d’un(e) homme(femme) politique d’envergure est justement de savoir où arrêter la simplification : trop simple, on appelle ça un extrême, ou un populiste, trop complexe et trop technique et il aura bien du mal à rassembler.
Le juste milieu est celui qui, tout en sachant simplifier suffisamment pour rassembler, garde une certaine complexité, et une certaine souplesse, dans son modèle pour qu’il soit efficient. c’est mon impression en tout cas. qu’en penses-tu ?
28 juin 2007 à 14:45
Indispensable n’est pas le terme que j’aurais utilisé… inévitable plutôt.
L’essentiel est de bien garder à l’esprit que le modèle n’est pas la réalité, quel que soit son degré de précision. La certitude est la pire ennemie du savoir.
cf A. Korzybski et son modèle du “différentiel structurel”.
28 juin 2007 à 14:53
salut FredBird,
Oui ,il faut garder à l’esprit que le modèle n’est pas la réalité : le but est justement de faire comme s’il décrivait parfaitement la réalité, et de le pousser dans ses limites (test) pour voir où il pêche…!
merci pour ton commentaire.
Inévitable, donc indispensable…comme disait Spinoza “La liberté, c’est la conscience de la nécessité.”
La certitude est le pire ennemi du savoir, j’en suis bien d’accord : c’est toute la force de la démarche scientifique. La pratique du doute systématique. On peut aller voir les réflexions de Popper là dessus…
merci encore pour ton commentaire ! à bientôt !
28 juin 2007 à 14:56
au fait, bravo pour ton blog..je viens de m’abonner au flux RSS. J’espère que nous aurons l’occasion d’échanger souvent…:)
28 juin 2007 à 15:10
Je viens de m’abonner ici aussi. Pourtant, j’ai l’impression que sur la politique nos modèles divergent assez radicalement :p
28 juin 2007 à 15:19
ah ?
content pour l’abonnement…!
Pourquoi pense-tu que nos “modèles” divergent radicalement…? je suis surtout intéressé par la vérité, et par l’action efficace en politique. Les vieux modèles d’opposition “droite-gauche”, ou “riche-pauvre”, ne me parlent pas tellement. Je ne me sens ni de gauche, ni de droite, mais plutôt dans le camp de ceux qui veulent voir un progrès général, mis en place avec bon sens, pragmatisme et humilité. Quel modèle peut-être “radicalement” en désaccord avec cela ? je suis curieux.
28 juin 2007 à 15:31
Eh bien je ne me sens pas l’âme d’un ennemi de la vérité (qui le revendiquerait ?), mais les concepts de droite, de gauche, de riche et de pauvre me semblent loin d’être obsolètes. Bien souvent ceux qui se réclament du bon sens et du pragmatisme ne sont ni à gauche, ni à gauche. (Sur ce point, je considère le libéralisme comme une dangereuse utopie - ou contre-utopie, selon les points de vue).
Pour clarifier les choses, notre nouveau président, qui semble avoir vos faveurs était à peu près l’avant dernier dans mes choix de candidats.
Cela dit, je n’ai pas l’intention de me désabonner pour autant : la politique n’est pas tout, heureusement !
28 juin 2007 à 15:33
euh…ok je viens de voir ton résultat au Polimètre, et effectivement on est loin loin en politique. Mais comme j’ai eu la même réponse que toi pour le test ‘quel type d’idiot êtes-vous?”, je me dis qu’il y a certainement moyen de discuter quand même…ne serait-ce que pour essayer de se convaincre l’un -l’autre…
28 juin 2007 à 15:38
bien sûr, la politique n’est pas tout !
Oui c’est classique : quand on dit à quelqu’un qui se réclame de la gauche, qu’on ne se sent ni de gauche, ni de droite, il nous classe généralement à droite ! intéressant. Normal, en fait. Celui qui refuse de se positionner comme un “ami” politique, il est plus facile de le classer en “ennemi” que d’admettre que la ligne de démarcation “amis politiques”/”ennemis politiques” est peut être un peu erronée… (je ne parle pas pour toi, là, mais en général).
En ce qui concerne le libéralisme, ce n’est pas une utopie, mais une philosophie du droit, et de la justice. Et ce n’est, pour le coup, ni de droite, ni de gauche (ou plus justement, de droite et de gauche).
Ce qui me semble obsolète dans l’opposition droite/gauche, ce ne sont pas les concepts de droite et de gauche (qu’il est intéressant d’essayer de définir), mais l’opposition. Je crois qu’il y a des voies d’actions qui mettent en avant l’intérêt général et auxquelles on peut adhérer, quelque soit sa sensibilité politique. Réformer l’université, ce n’est pas une question d’idéologie, mais de nécessité et d’adaptation au monde, par exemple.
à bientôt !
28 juin 2007 à 16:09
Eh bien statistiquement, c’est souvent vrai. Cela est probablement en partie à l’attitude que tu décris (qui n’est pas avec moi est contre moi) de la part de beaucoup de gens “de gauche”, mais quant on creuse, 9 fois sur 10, un apolitique autoproclamé a des convictions de droite.
L’idéologie est quelque chose qui peut tout à fait s’assumer, plutôt que d’avancer masqué en se réclamant de pragmatisme et de vérité. On en revient au modèles : je sais d’où viennent mes grilles de lecture et je connais leur limites, ou plus exactement je suis tout à fait conscient qu’elles en ont; ce qui n’est pas le cas de la plupart des gens, qu’ils soient de droite ou de gauche. Là encore, lisez Korzybski et sa critique des conceptions aristotéliciennes du monde. Le monde est trop complexe pour que nous puissions le comprendre, et il nous faut agir en fonction d’abstractions fatalement imparfaites et déformées par notre contexte cognitif.
Le libéralisme (économique) est une utopie car il suppose une autorégulation miraculeuse de l’économie alors même que l’économie n’est pas un fait naturel mais un artefact de la volonté humaine. C’est de plus une abstraction qui évacue tellement de réalités (écologie, psychologie, sociologie) qu’on est carrément dans le monde des idées de Platon.
Pour ce qui est de l’intérêt général, ou du moins de convergences possibles, je n’ai aucun remords à partager, agir ou me regrouper avec quelqu’un qui ne serait pas “de mon bord”, sur un intérêt commun.
28 juin 2007 à 16:36
Bien sûr qu’on peut assumer l’idéologie si on en connait les limites. C’est justement ce qui fait que je ne serais toujours de gauche ET de droite : la vérité est mouvante. Le monde bouge. Les idées aussi. Leur mode d’application aussi. Un combat peut-être juste à un moment de l’histoire, et à côté de la plaque à un autre. C’est cela, ce que j’appelle être pragmatique et amoureux de la vérité. Cela n’est pas synonyme d’avancer “masqué” (pourquoi faudrait-il se cacher d’être de droite, d’ailleurs ?), mais simplement fonctionner sur un mode plus proche du raisonnement que de la passion. Je ne suis pas trop attiré par les convictions, mais par la vérité et par l’adaptation de la pensée au monde (plutôt qu’a l’adaptation du monde à la pensée)…
à bientôt !
Nietzche : “L’ennemi de la vérité, ce ne sont pas les mensonges, ce sont les convictions”.
Par ailleurs, ça ne m’étonne pas que tu acceptes d’agir dans un but d’intérêt général avec quelqu’un qui ne serait pas de ton “bord”, puisque tu es déjà intéressé par dialoguer avec quelqu’un qui n’est pas non plus (selon tes critères) de ton “bord”.
28 juin 2007 à 17:01
Et si ce que vous prenez pour la vérité n’était qu’une conviction ?
Oh, et en parlant d’interêt général… je sévis aussi dans le logiciel libre : http://webappkit.net , à bon entendeur…
28 juin 2007 à 19:27
C’est le travail du doute qui évite que l’on reste avec des convictions toutes rances, et plus du tout connectés avec le réel.
Alain :
à bientôt !
29 juin 2007 à 9:54
Je pense que c’est un peu plus complexe que ça. La réalité n’est justement pas une boussole qu’il suffirait de consulter de temps à autre pour s’assurer qu’on ne fait pas fausse route.
Les instruments que nous utilisons pour la percevoir sont non seulement nos organes sensoriels limités, mais aussi notre intellect qui (re)construit un modèle à partir des sens… et de présupposés potentiellement inexacts. Une perception est toujours recombinée avec des centaines d’autres informations : autres perceptions, affects, constructions théoriques etc. Au final, la “vérité” reconstruite ne tire de la réalité qu’une infime partie de sa substance.
Je ne parle même pas de la perception que l’on a du monde via le filtre d’une foultitude d’autres êtres humains ayant chacun leurs modèles propres.
29 juin 2007 à 11:13
salut,
la réalité est une boussole pour notre entendement, si bien sûr !
c’est la phrase de Durkheim, qui résume cette approche scientifique, basée sur le doute vis-à-vis de nos constructions, de nos modèles :
Le réel est justement le guide qui nous sert à écarter les convictions délirantes, les erreurs des sens, les modèles érronés, les choses mal construites du fait de notre incomplétude. Vive la réalité, justement !
à bientôt !
29 juin 2007 à 11:30
A supposer qu’on puisse la consulter sans biais, ce qui est expliqué plus haut.
Je ne mets pas en doute la fiabilité de la “réalité”, mais celle de l’entendement qui l’intègre. C’est tout à fait différent.
29 juin 2007 à 11:51
non : on ne peut pas la regarder sans biais. ca ne sert donc à rien de le supposer, on est d’accord. C’est pour ça qu’il faut remettre en cause régulièrement nos modèles, ou du moins les confronter à la réalité. C’est parce que notre entendement est faible, qu’il faut aller tester nos modèles à l’épreuve du réel.
à bientôt !