Quelques rappels d’économie
25 septembre 2007 | Imprimez cet article |A l’occasion de la sortie des Mémoires d’Alan Greenspan en librairie mercredi, Le Figaro lui consacre une interview. Je vous conseille d’aller la lire en entier, en voici un extrait (la réponse de Greenspan concernant les obstacles culturels à la croissance de la France) :
Les sondages sur la vision négative et le rejet par les Français de la libre concurrence m’ont beaucoup frappé. Le contraste avec les États-Unis est impressionnant en dépit de tout ce que nos deux pays ont en commun. Je cite Édouard Balladur qui estime que la libre concurrence, «c’est la loi de la jungle». En vérité, cette approche gouverne la politique française. Comme s’il y avait quelque chose d’antisocial dans la libre entreprise. En fait, pour assurer la croissance, il faut que le capital soit employé là où il est le plus productif et retiré des secteurs obsolescents. Or, à la fin du compte, seules des hausses de productivité assurent la progression du niveau de vie.
Pour en arriver là, il faut un processus efficient d’allocation de capital. Celui qui fonctionne le mieux est celui du marché libre. Naturellement, cette «destruction créative» est extrêmement pénible pour les individus qui sont du côté des perdants. Aux États-Unis nous avons accepté ce coût. Nous nous accommodons des pertes d’emplois et de la mobilité importante de la main-d’œuvre que cela implique. Mais, à la différence de la France, nous avons un taux de chômage très bas.
Le problème principal que M. Sarkozy s’est engagé à traiter, de manière relativement indirecte, est celui de pouvoir licencier sans encourir des coûts élevés.
En France, supprimer des emplois revient cher. Aux États-Unis, non. Notre position est que s’il coûte cher de licencier, les entreprises vont hésiter à embaucher. Cela crée un niveau structurel de chômage élevé.
Aux États-Unis, notre productivité effective est supérieure. Je sais que la France affiche un taux de productivité horaire plus élevé que le nôtre. Mais c’est une illusion statistique liée à votre taux de chômage presque deux fois plus élevé. Si l’on intégrait des chômeurs dans le calcul, la productivité française dégringolerait.
En termes de revenu par habitant, le rang de la France dans le monde est passé de onzième en 1980 à vingt-cinquième en 2005. Le Royaume-Uni, au contraire, a grimpé. Je pense qu’en grande partie cela est dû à la manière dont la France appréhende la question de la libre concurrence et de la libre entreprise.
La France est bien sûr un pays capitaliste. Les droits de propriété y sont protégés. La règle de droit s’applique. J’admire la France pour beaucoup de raisons. Il est clair que votre histoire est plus longue que la nôtre. Ma femme adore Paris. Le Louvre est sans égal. Je comprends que les Français jugent que leur civilisation est supérieure à la nôtre. Mais notre forme de capitalisme brut n’est pas antisociale. Notre croissance extraordinaire a rendu possible des avancées importantes en matière d’éducation supérieure, en matière médicale, en matière de technologie, par exemple.
Eh oui, il est bon parfois d’entendre un discours simple et de bon sens !


2 octobre 2007 à 11:36
Quelques remarques, je peux pas laisser passer ça. Mais je vais pas être super méchant.
1. “Pour en arriver là, il faut un processus efficient d’allocation de capital. Celui qui fonctionne le mieux est celui du marché libre.”
D’accord avec la première phrase, pas d’accord avec la deuxième. Il ne justifie pas son assetion, dois-je justifier la mienne?
2. “destruction créative” “perdants” (losers) “taux de chômage très bas”:
à signaler tout de même la psychiatrisation avancée des perdants. C’était un argument contre la “méritocratie”: Que deviennent les perdants, à part des dépressifs, qu’est-ce qu’il leur reste, même plus la dignité, bref, une société où l’on valorise les perdants est une société inhumaine. Il faut les accompagner, ce qu’ils font très mal… Taux de chômage artificiellement bas, et taux de précarité extrêmement et réellement haut.
3. Notre position est que s’il coûte cher de licencier, les entreprises vont hésiter à embaucher.
Je ne vois pas le lien. Je suppose que c’est la fameuse “prise de risques” de l’employeur. C’est bizarre. Les prises de risque des employés sont bien plus désastreuses (chômage, précarité, pauvreté, psychiatrisation, exclusion), et personne n’en parle.
4. Aux États-Unis, notre productivité effective est supérieure.
??? en quoi les chômeurs rentrent-ils en ligne de compte pour calculer la productivité effective??? C’est un économiste, ou je rêve? Bon, ça c’est en grande partie déjà traité sur le topic “jospin-menteur”.
5. confusion scandaleuse entre le capitalisme et l’Etat de droit. On peut pas laisser dire ça. Ce n’est pas parce qu’un Etat est capitaliste qu’il est démocratique et vice versa!!!
6. et il parle d’éducation et de santé, alors que leur pays est super élitiste de ces deux points de vue, qui exclut des millions et des millions de personnes!!! C’était une tartufferie, pas vrai? Il a jamais donné cette interview? C’est à la dernière phrase qu’on se rend compte qu’il se fout de la gueule des lecteurs!
2 octobre 2007 à 11:46
salut Loulou,
merci pour ton commentaire…enflammé !
j’essaye de te répondre, je ne suis pas Alan Greenspan, comme tu avais du le remarquer…
à bientôt !
2 octobre 2007 à 20:51
1.1Peut-on dire que le marché est libre? N’y a-t-il pas des “sur-actionnaires”, des gens qui conseillent, des gens qui placent et d’autres qui fournissent les sous à placer, etc.?
1.2 Ne devrait-on pas réguler l’économie contre les “bulles spéculatives” qui sont des formes idiotes que prend le marché libre, idiotes et je rajouterais contreproductives? Un marché libre n’est pas raisonnable, ne s’oriente pas vers l’intérêt général automatiquement, c’est un postulat idéologique, et non factuel. La preuve, crise des subprimes, bulle de l’immobilier en France, les start-ups y’a 6 ans, etc.
Si les capitaux étaient raisonnablement alloués, ils n’iraient pas par effet d’agrégation n’importe où où les profits sont importants, mais dans els domaines essentiels (pensons à l’écologie et la santé, par exemple)
3. Embaucher quelqu’un qu’on pourra virer ensuite à son gré pose problème. Un individu est une personne qui vit, qui mange, etc. L’entreprise (au nom de quoi se fait le licenciement) n’a ni âme, ni vie. Il faut donc privilégier l’individu, le vrai, le palpable. Embaucher peut se faire, c’est ce qu’on appelle “la prise de risques”. C’est bizarre comme les entrepreneurs valorisent la culture du risque, mais sont incapables de l’intérioriser pour eux-mêmes. il faut qu’ils n’en prennent aucun, que l’entreprise n’en prenne aucun, mais que les employés, ceux qui sont en danger, vraiment, les prennent à la place. Je juge que c’est ridicule. On investit dans beaucoup de choses, mais rares sont les entreprises qui investissent dans leur capital humain. Qui plus est, dernière chose: Le marché du travail est fait de telle manière que l’offre de travail est bien plus faible que la demande. C’est donc déjà l’entrepreneur qui sélectionne, de par des tests, des interrogatoires, etc. les personnes qui l’intéressent (donc à lui d’assumer les coûts de ses erreurs!!!). De par les slave jobs que j’ai fait, je peux te dire que l’on n’a jamais eu aucun mal à me virer et que ça n’empêche pas les entreprises de pratiquer un énorme turn-over. (je te rappelle le temps des périodes d’essais, entre 3 mois et deux ans?)C’est donc un faux argument, qui repose sur des impressions et non sur des faits.
4.Oui, la productivité, comme le temps de travail n’est qu’une question de calcul. Ensuite, le problème de mettre les chomeurs dans le même sac, c’est aussi idéologique: c’est faire pression sur les travailleurs car ils travaillent pas assez alors que ce sont les autres qui devraient travailler. Or si l’on prend en compte les chômeurs, c’est qu’ils sont censés investir ce champ. et le sous-entendu de Greenspan, c’est: mais pourquoi n’y a-t-il pas plus d’emplois précaires en France??? (je le rassure, ils arrivent depuis quelques années!)
Mais contre sa mauvaise foi, si l’on rajoute les chômeurs au calcul de productivité, celle-ci (française) garde le dessus! Si l’on prend le total des heures travaillées (chaque semaine), les américains ne travaillent que 26.6h/semaine avec le chômage officiel! Sachant que note productivité horaire est plus importante (marge de plus de 10h/personne/semaine [mais les américains travaillent 2 semaines de plus]), notre productivité réelle garde largement le dessus! Sauf si l’on prend en compte, non pas la moyenne, mais les chiffres dans l’absolu!
3 octobre 2007 à 7:54
salut quand on parle de marché “libre”, il s’agit de marché dont les prix ne sont pas fixés par une autorité régulatrice. Le fait de savoir si les actes humains des acteurs qui “font” le marché sont libres, c’est une autre question, qui n’a rien à voir.
Marché libre est pour signifier l’opposé d’économie planifiée. ne jouons pas sans cesse sur les mots.
à bientôt !
3 octobre 2007 à 11:29
Mon intention n’était pas de jouer sur les mots, mais d’avoir une définition du marché libre.
Dans ce cas, oui, il est plus efficace de ne pas être pour le mafché libre, car les électrons libres ne s’agrègent pas directement sur ce dont a besoin l’économie, mais sur les points où ils vont faire du profit maximum en un minimum de temps: ça n’est pas une attitude constructive, et par conséquent, on peut remettre en question cette manière d’agir. (bien que je ne sache pas comment résoudre ce problème)