6 questions à … Roman Bernard et Thimoté Ménard de “Criticus”
26 septembre 2007 | Imprimez cet article |
On continue la série d’interview de la blogosphère politique française ! Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter les réponses de Roman Bernard (à gauche sur la photo) et Thimoté Ménard (à droite sur la photo), du blog Criticus. Ce blog sent bon l’esprit critique, et je vous recommande sa lecture assidue. Vous retrouverez les autres interviews dans la catégorie “interview” de ce blog.
Peux-tu faire un historique rapide de ton blog ?
Criticus a été créé au début de la campagne officielle pour l’élection présidentielle. Son but premier était de permettre à deux étudiants lyonnais, l’un expatrié aux Etats-Unis, l’autre poursuivant ses études à Strasbourg, d’apporter leur modeste contribution aux débats électoraux de la blogosphère. Finalement, Criticus a survécu aux élections et continue de donner son avis sur les événements politico-médiatiques qui jalonnent le calendrier, en assumant une orientation politique libérale-conservatrice, mais en gardant toujours comme priorité l’exigence d’esprit critique.
Pourquoi blogues-tu ?
Roman Bernard : parce qu’aimant écrire, et étant passionné de politique, j’avais besoin d’une plate-forme pour exprimer et exposer mes opinions, au lieu de les renâcler dans mon coin. C’était aussi un moyen de structurer mes idées et d’apprendre à convaincre.
Timothé Ménard : parce que je ne supporte pas que de jeunes blogueurs parlent au nom de la jeunesse et donc en mon nom, laissant penser que la jeunesse française dans son ensemble est antilibérale, antisarkozyste, antiaméricaine, antisioniste, etc.
Comment te positionnerais-tu sur l’échiquier politique ?
Criticus est objectivement un blog de centre-droit, ce que nos lecteurs ont d’ailleurs considéré à une très large majorité dans un sondage en ligne. Nous nous sentons proche du “gaullisme social”, ce qui veut dire que sans être opposés à l’économie de marché comme le sont nombre de blogueurs, nous estimons que le rôle de l’Etat, qui a pour avantage d’avoir comme cadre la nation (valeur essentielle pour nous), est toujours d’actualité. En outre, nous sommes, ce qui nous distingue de la plupart des blogs de centre-droit, plutôt atlantistes et assez peu européistes. Tout simplement parce qu’ayant intégré la nécessité d’une alliance avec les peuples qui partagent nos valeurs dans la compétition mondiale qui a commencé, nous en sommes arrivés à la conclusion que nous n’étions pas plus proches des autres Européens que des Nord-Américains. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que nous approuvions toujours la politique américaine, notamment au Moyen-Orient. Mais quitte à choisir, nous sommes toujours, c’est une évidence, pour les démocraties contre les dictatures. Les Etats-Unis appartiennent à la première catégorie, le Venezuela d’Hugo Chavez à la seconde.
Quel est ton avis sur les réformes mises en oeuvre par Sarkozy et le gouvernement Fillon ?
En tant qu’étudiants, nous sommes par exemple déçus de la pseudo-réforme des Universités, qui a été bâclée au début de l’été, sans qu’ait été abordée la capitale question de la sélection à l’entrée (faut-il rappeler qu’elle était au départ envisagée seulement à l’entrée en Master ?). Le recul devant les syndicats étudiants, la volonté d’occuper l’espace médiatique pour faire croire que les choses avancent ont obéré une réforme que François Fillon avait pourtant qualifiée de “plus importante du quinquennat”. Nous ne sommes pas loin de penser la même chose concernant le service minimum dans les services publics, qui sera réduit à sa plus simple expression, ou la question de la réduction de la dette publique, qui a été repoussée aux calendes grecques alors qu’elle est fondamentale pour l’avenir de la France. D’une manière générale, nous sommes assez déçus par Nicolas Sarkozy, dont la volonté de mener les réformes à leur terme mérite d’être questionnée. Nous n’en dirons pas autant de François Fillon, qui a toute notre estime mais qui est hélas réduit au rôle de chef d’état-major par le président de la République, comme ce dernier l’a d’ailleurs explicitement justifié.
Quel est ton avis sur les pistes à suivre pour réformer le PS ?
Bien que désapprouvant les idées du Parti socialiste, nous sommes conscients de la nécessité qu’il y a, pour une grande démocratie comme la France, de disposer d’un parti d’opposition jouant pleinement son rôle, en proposant une alternative crédible à la politique du gouvernement. Malheureusement, depuis 2002, les socialistes menés par François Hollande se sont murés dans une posture de contrisme systématique, même lorsque les réformes proposées concouraient à l’intérêt général (cf. loi Fillon sur les retraites en 2003). Les ténors du parti de la Rose ont sans doute subi le chantage électoraliste de l’extrême-gauche, de laquelle nous estimons que le PS doit se tenir à l’écart, comme l’a fait l’UMP avec le Front national. Ils ont été en outre aveuglés par leurs victoires trompeuses de 2004, qui manifestaient moins un soutien à leur action qu’une opposition au gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. La remise en question, nécessaire après le choc du 21 avril 2002, a donc été largement ajournée, notamment parce que François Hollande, qui ne s’est maintenu à la tête du PS qu’en anesthésiant le débat interne, a refusé de la faire. Nous espérons que les cinq nouvelles années passées dans l’opposition aideront la rue de Solférino à prendre le chemin de la modernité. Les ravages qu’a faits la politique d’”ouverture” de Nicolas Sarkozy, paradoxalement, devraient créer un appel d’air et provoquer l’ascension des rénovateurs.
Quel est ton point de vue sur l’Islam ? Penses-tu qu’il représente un danger pour la démocratie ?
L’islam, comme le christianisme, est une religion universelle et a donc pour vocation -selon ses fidèles- de se propager à l’ensemble de l’humanité. Mais l’islam est en outre une civilisation, et sa greffe dans les pays occidentaux pose nécessairement problème, puisque deux modes de vie différents ont tendance à cohabiter, plus ou moins pacifiquement. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la République, et sans pour autant dire que l’islam est indésirable en France, nous estimons que les musulmans modérés doivent y imposer, dans leur communauté, une vision séculière et laïque de leur religion. Sans quoi nous ne pourrons, du fait d’une forte immigration majoritairement en provenance de pays musulmans, réussir à assimiler à la France les nouveaux arrivants.
Un grand merci à Roman et Thimoté pour leurs réponses ! Je vous invite, comme d’habitude, à réagir à leurs réponses en commentaires, ici, ou sur leur blog Criticus !


26 septembre 2007 à 17:48
Trackback : http://criticusleblog.blogspot.....loire.html
26 septembre 2007 à 18:04
Salut à tous les deux !
Merci pour vos réponses franches, directes et néanmoins nuancées. Je me retrouve entièrement sur votre manière de voir les choses ! Que ce soit sur les motivations à bloguer, ou votre point de vue sur la clarification idéologique au PS. Je suis par contre moins sceptique que vous sur la volonté de Sarkozy ; elle me semble intacte.
à très bientot !
27 septembre 2007 à 10:04
Je partage l’ opinion de LOmiG sur la volonté toujours intacte de Sarkozy.
J’ ajouterai qu’ on vient aprés des années d’ immobilisme et d’ impuissance. L’ opinion est demandeuse de réformes dans bien des domaines où on sent bien qu’ il n’ y a pas d’ autres voies que celles qui sont tracées désormais. Même si tout ne peut pas être fait tout de suite, la travail de sape de la muraille du vieux conformisme a commencé et ne peut que continuer, voire s’ accentuer.
27 septembre 2007 à 10:41
salut Erick, et merci pour ton commentaire.
Oui, je crois qu’un choc culturel à déjà eu lieu : la parole s’est libérée. Cependant, si je pense que la volonté de Sarkozy semble intacte, il n’empêche que son message a perdu en clarté. Pourquoi parler de rigueur et de faillite, si c’est pour pondre un budget assez laxiste sur la dette publique ? Pourquoi appeler la réforme de l’Université une “des plus importantes du quinquennat”, et ensuite en enlever des aspects critiques (droit d’entrée, sélection, etc…) ? Tout cela donne une impression de reculade, ou d’une stratégie fondée sur la création de richesse et le plein emploi en premier, mais qui - du coup - n’est pas très explicite…à surveiller !
J’ai l’impression que Sarkozy sous-estime le soutien populaire que les élections ont montré, et qu’il devrait taper plus vite, plus fort. Ce n’est que mon sentiment.
à bientôt !