6 questions à Adrien de “Politique et LL”
26 octobre 2007 | Imprimez cet article |
On continue la série d’interview de la blogosphère politique française ! Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter les réponses d’Adrien, dont le blog s’intitule Politique et LL. Adrien est militant écologiste, chez les Verts. Au lendemain des conclusions du Grenelle de l’Environnement, je pense qu’il y aura matière à discuter ! Vous retrouverez les autres interviews dans la catégorie “interview” de ce blog.
Peux-tu faire un historique rapide de ton blog ?
J’ai commencé à bloguer en avril 2003, au cours d’un stage… On n’était pas nombreux à l’époque ! Au début, je voulais parler des logiciels libres en politique (d’où le titre, “Politique et LL”). Très vite, la politique et l’opinion a pris le dessus, avec les régionales de 2004, les européennes, le référendum… J’ai toujours plaisir à revenir sur mon blog et à y écrire mes témoignages de militant Vert, mes coups de gueule et même, parfois, à raconter ma vie.
Pourquoi blogues-tu ?
Parce que le blog est l’outil que j’attendais sans le savoir : une tribune ouverte en permanence. Après quatre ans, c’est devenu une habitude, j’ai pris plus de recul par rapport à mon blog mais j’aime y exprimer mes idées, mes arguments et dialoguer avec mes visiteurs, voire m’engueuler avec eux.
Comment te positionnerais-tu sur l’échiquier politique ?
Je suis un écologiste politique, de gauche. J’ai toujours été chez les Verts et au sein des Verts, je me définirai comme un pragmatique, un “réalo” (plutôt Dominique Voynet et François de Rugy que Francine Bavay), même si ça ne veut pas dire grand chose.
Quel est ton avis sur les réformes mises en oeuvre par Sarkozy et le gouvernement Fillon ?
Vaste question ! Dans l’ensemble, je ne suis pas du tout d’accord avec la direction qui est prise. Sur la fiscalité par exemple, on fait 15 milliards d’euros de cadeaux qu’il va bien falloir compenser quelque part, avec les injustes franchises médicales entre autres. Sur l’environnement, je reste réservé et attends de voir les mesures annoncées en conclusion du Grenelle passer l’épreuve de l’Assemblée nationale.
Quel est ton avis sur les pistes à suivre pour réformer le PS ?
En tant que Vert, je ne suis pas le mieux placé pour donner mon avis. Ceci étant, je pense que le PS s’est laissé aller depuis 15 ans à une paresse intellectuelle sans égale, pensant vivre encore une génération ou deux sur l’héritage Mitterrand. Les sujets dont il pensait être propriétaire n’ont pas fait l’objet d’une mise à jour idéologique et l’UMP s’en est emparé et a imposé ses sujets. À notre échelle, nous les Verts avons également cru que l’environnement et l’écologie nous appartenaient et avons préféré moins en parler, quitte à oublier nos fondamentaux. Jusqu’à ce qu’on nous dise en 2007 que tout le monde était écolo, ce que nous refusons toujours d’admettre, à juste titre !
Quel est ton point de vue sur l’Islam ? Penses-tu qu’il représente un danger pour la démocratie ?
Je ne comprends pas très bien ce que fait là cette question, mais soit. Je ne pense rien de l’islam, qui est une religion et qui mérite le même respect que le catholicisme, le judaïsme, le protestantisme, etc. Ni plus, ni moins. En tant que laïc, je reste opposé au financement des lieux de culte par les collectivités même si je pense qu’il faut trouver des solutions pour éviter les préfabriqués dans des terrains vagues ou les prières dans la rue, tout simplement parce que ce n’est pas digne.
Maintenant, je pense que la question voulait plutôt parler d’islamisme. Dans ce cas, on ne parle plus de religion mais de projet politique. Pour le coup, ma position est très claire : à chaque fois que la religion se mêle trop de politique, c’est une catastrophe pour les droits humains. Les femmes, les minorités sexuelles se retrouvent systématiquement maltraitées. Sans oublier le déni de démocratie que prônent tous les régimes théocratiques dans le monde.
Un grand merci à Adrien ! Je vous invite, comme d’habitude, à réagir à ses réponses en commentaires, ici, ou sur blog Politique et LL.


26 octobre 2007 à 15:28
salut
merci pour tes réponses. J’ai juste deux petites questions supplémentaires :
1) que penses-tu globalement de ce “Grenelle de l’environnemen” ? les sorties te paraissent-elles satisfaisantes ?
2) tu dis :
Je suis surpris par une telle phrase ! Y’aurait-il un problème à ce que tout le monde prenne en compte les problématiques écologiques ? n’est-ce pas le but de tout militant écolo ? L’écologie doit devenir une préoccupation générale de la société, et pas seulement le fer de lance d’un mouvement politique, non ? Nicolas Hulot n’a-t-il pas fait avancer la cause écolo ? dois-je en déduire qu’il s’agit d’une chasse gardée des partis étiquetés “verts” ?
26 octobre 2007 à 17:14
Je ne dis pas que l’écologie est la chasse gardée des Verts. Aucun sujet d’ailleurs n’est la chasse gardée d’aucun parti. Chaque force politique est amenée à s’exprimer sur tous les sujets.
Ce que je veux dire, c’est qu’il y a loin du discours aux actes. Pour l’instant, le meilleur bilan global pour l’écologie, c’est quand même les centaines d’élus Verts en dans les conseils régionaux ou dans les villes qui peuvent s’en prévaloir. Bien sûr, il y a des exceptions, mais en règle général, sans élu Vert dans une municipalité, il n’y aurait pas la même volonté écologique.
Au sujet du Grenelle de l’environnement, je suis assez content car un verrou a sauté. On considère enfin l’écologie comme un sujet global et sérieux. Mais là, même chose : on jugera aux actes, après le passage devant les députés et les ministères. Parce que là, les lobbies divers et variés vont entrer en chasse. Je ne me réjouirai pas d’un capotage, mais je dis qu’il faut être vigilant. Les deux jours de conclusion ne sont pas une fin, mais un début.
26 octobre 2007 à 17:33
salut Adrien,
oui on est d’accord : l’écologie doit être un sujet global (au passage, je souhaiterais pour ma part que l’on donne un peu plus la parole aux scientifiques…), et le Grenelle de l’Environnement n’est qu’un début.
affaire à suivre, donc !
26 octobre 2007 à 20:31
UN GRENELLE DU RETARD… VOIR L’Interview/vidéo d’Isabelle Delannoy sur «Metallah le blog d’un jeune vert de Limoges » :
http://metallah.webdynamit.net.....d/#more-92
Excellent ! :- ;
29 octobre 2007 à 9:59
salut Alfredo,
oui c’est connu que la France n’est pas en avance sur l’écologie. Sans avoir pour autant à rougir, puisque grâce au nucléaire, elle fait partie des pays qui produisent relativement peu de CO2. Il est toujours bon de le rappeler.
à bientôt !
29 octobre 2007 à 11:12
Tout à fait d’accord sur le fait que l’écologie doit être un sujet global et le Grenelle de l’environnement qui n’est qu’un début en la matière est une initiative qu’il convient de souligner.
Par contre, je suis un peu lassé d’entendre toujours le même argument qui consiste à dire que 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux ont été accordés aux plus favorisés. En effet, le paquet fiscal représente bien 15 milliards d’euros mais l’argument utilisé seul et sorti de son contexte ne signifie pas grand chose car une bonne partie de l’enveloppe dudit paquet fiscal est consacrée notamment à la défiscalisation des heures supplémentaires, à la défiscalisation à hauteur de 3 smic pour les étudiants qui travaillent pendant les vacances ainsi qu’à la réduction d’impôt pour les intérêts des emprunts immobiliers.
De plus, les franchises médicales ne sont pas destinées à venir compenser le paquet fiscal mais à financer le plan contre la maladie d’alzheimer. Mais d’une manière générale, c’est une manière de poser la question plus globale du financement de notre système de santé et c’est une vaste question… Ces franchises ont au moins le mérite de rappeler à certains que la santé à aussi un coût et une somme de 50 euros par ans (soit 4.17 euros/mois = moins qu’un paquet de cigarettes) ne me semble pas excessif.
Sur ces 2 sujets, le débat reste donc ouvert…
29 octobre 2007 à 11:33
salut jmj arras,
oui tu as raison de le souligner : la franchise médicale vient simplement rappeler aux français - qui semblent l’ignorer ? - que la médecine n’est pas gratuite. Oh surprise ! Nous voulons toujours tout avoir gratuitement. Aucun service n’est gratuit, pourtant. Et la sécu est là pour un rôle de solidarité avant tout, pour permettre à ceux qui n’ont pas les moyens de se faire soigner, et de jouer le tampon en cas de coup dur. Faire payer une somme modique à ceux qui le peuvent n’a rien de choquant, sauf pour ceux qui, dogmatiquement, continue de vouloir se faire croire que la santé est gratuite.
à bientôt !
29 octobre 2007 à 20:35
Ah, que c’est beau d’entendre des gens parler de responsabilité pour la santé. Personne ne dit que c’est gratuit, et les cotisations sont là pour ça. Tous ces pauvres qui profitent du système pour aller voir le toubib deux fois par semaine et se gaver de médocs, on va leur apprendre la vie !
Au sujet du coût de la Santé, il faudrait quand même se poser la question de la prévention et des maladies chroniques dans le déficit de sécurité sociale. Cancers, allergies, obésité, diabète… autant de maladies qu’on pourrait éviter facilement en modifiant (juste un peu, parfois), notre mode de vie et en évitant les produits dangereux pour le corps. C’est de la santé publique basique et les méthodes pour éviter ces maladies ne coûteraient rien par rapport à ce qui est dépensé pour soigner ou aider à mieux vivre les personnes qui en sont victimes. AJoutez à ça le coût social, et vous comprendrez que le défi de la Sécurité social est sûrement plus large qu’un simple et inusute ajustement comptable.
29 octobre 2007 à 21:11
@ Adrien : Vous ne semblez pas en être convaincu mais c’est incontestable, il y a bien une minorité d’assurés sociaux qui profitent du système et ce ne sont pas toujours les plus défavorisés. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire il y a quelques temps sur mon blog (http://jmjarras.blogspot.com/2007/07/les-gaspillages-de-la-scurit-sociale.html), je suis favorable pour de multiples raisons, à la mise en place des franchises médicales mais je continue de déplorer que dans le même temps, personne ne songe à poser le problème des frais de fonctionnement de la sécurité sociale dont le budget est quasiment équivalent au déficit de l’assurance maladie. Sur la prévention, je partage bien évidemment votre point de vue mais je reste dubitatif sur les véritables résultats à terme.
Par exemple, depuis quelques temps, des campagnes publicitaires régulières nous expliquent qu’il est préférable d’opter pour les médicaments génériques. Or, je me suis rendu dans une pharmacie il y a quelques jours et en patientant, j’ai observé les comportements lors de la délivrance des prescriptions, 3 sur 4 ont clairement refusé les médicaments génériques alors que la pharmacienne s’épuisait à leur expliquer que c’était exactement la même chose. J’ignore si cette situation est révélatrice et je me garderai donc bien de généraliser mais si tel était le cas, il faudrait peut être envisager, à terme, de supprimer le tiers payant lorsque les patients refusent les génériques car en ce domaine, si tous les efforts entrepris ne semblent pas suffisants, il faudra envisager des mesures plus contraignantes pour les patients.
Vous insistez sur le fait que cette éducation à la santé est primordiale et vous avez raison mais là ou nos points de vue divergent, c’est sur les acteurs de cette éducation. N’est ce pas d’abord la responsabilité des parents et des éducateurs de transmettre ces regles pourtant simples aux enfants ?
30 octobre 2007 à 8:31
salut Adrien,
tu dis :
c’est une manière un peu facile de caricaturer à outrance, et ça ne fait pas avancer le débat. Je n’ai jamais dit que des pauvres profitent du système pour se gaver de médocs ! J’ai même, il me semble, insisté sur le fait qu’il faut conserver une solidarité permettant à tout le monde d’avoir accès à la médecine. Mais pour ceux qui peuvent financer leurs frais médicaux (une majorité, dont beaucoup de vieux), je trouve normal de les responsabiliser et de les faire participer au financement d’un système qu’ils utilisent (à juste titre).
Quant à la prévention, on est d’accord. Mais je crois qu’à côté de la prévention, en complément, il faut introduire une part de mesures “incitatives” jouant sur l’aspect financier. On sait qu’il y a d’énormes gaspillages : il s’agit de l’argent public, du tien comme du mien. Quoi de plus normal que de rationnaliser ce système ?