Abonnez-vous par mail !
Abonnement RSS
Membre de LHC

Libéralismes humaniste et utilitariste

15 novembre 2007 | Imprimez cet article | Envoyez cet article

Chapitre deux du bouquin de Pascal Salin. Distinction entre deux libéralismes non compatibles : le libéralisme humaniste, qui place le respect de la liberté des individus et de leur nature comme valeur suprême, et le libéralisme utilitariste qui est plus proche d’une forme de pragmatisme, et donc d’arbitraire. Intéressante distinction, essentielle, pour qui veut comprendre ce qu’est le libéralisme.

Dans le bouquin de Pascal Salin, “Libéralisme”, le chapitre deux revient sur une distinction importante selon lui entre deux “types” de libéralisme : le libéralisme humaniste et le libéralisme utilitariste. Pour illustrer son propos, Pascal Salin utilise les idées mises en avant par Frédéric Bastiat, et celles défendues par Maurice Allais. Deux économistes libéraux français, l’un du 19ème siècle, l’autre du 20ème, et dont les oeuvres et la pensée diffèrent sur les principes de bases, et sur la méthodologie.

En gros, Bastiat part du principe que le bonheur individuel, la valeur que l’on accorde aux choses, n’est pas quelque chose d’objectivable. Il est subjectiviste dans son approche. Le principe de base des raisonnements de Bastiat consiste à dire qu’on doit seulement défendre la liberté des individus, et respecter le droit de propriété. Pour permettre à chaque individu de s’épanouir, il faut conserver cette liberté de rechercher son bonheur là où on le souhaite, du moment que l’on ne vient pas empiéter sur la liberté des autres. Toute organisation de la société qui vient bafouer la liberté des individus doit être regardée avec méfiance.

Allais, bien que libéral par inclination personnelle, part du principe que l’on peut mesurer la valeur, la rendre objective, et donc se livrer à de savants calculs dessus. Les politiques de redistribution des richesse lui paraissent donc légitimes. Il est donc libéral par goût personnel, mais finalement constructiviste dans les faits car il a une approche consistant à organiser la société. C’est donc un libéral utilitariste au sens où, selon ses propres valeurs, il met un peu de libéralisme là où cela lui semble bon, et un peu d’intervention étatique, et de constructivisme quand ça l’arrange.

Pascal Salin souligne que cette approche n’est pas cohérente par rapport à celle de Bastiat : Bastiat pose des principes non discutables de respect de la liberté et de la propriété, et en tire rigoureusement les conclusions. Il ne justifie aucune entorse à ce principe de base. Pascal Salin, dont la rigueur intellectuelle est limpide, pense - à juste titre à mon avis - que l’approche humaniste est la seule cohérente. Il rejette une forme de “pragmatisme” consistant à saupoudrer un peu de libéralisme par ci, un peu de constructivisme par là : le choix des domaines où l’Etat intervient ou pas (l’utilitarisme) est uniquement fonction des valeurs, des intérêts de celui qui parle, de celui qui décide, et est donc une forme évidente d’arbitraire.

Pour illustrer cela, voici un extrait d’une interview de Pascal Salin, où il redonne sa définition du libéralisme :

[…] le libéralisme conduit nécessairement à la définition et à la défense des droits individuels. Il constitue le seul moyen d’organiser la coexistence de tous les êtres humains dans le respect absolu de leurs droits. Il est donc bien, ainsi que vous le dites, à la fois un art de vivre et, non pas seulement un humanisme, mais l’humanisme. Il ne peut en effet exister deux ou plusieurs humanismes, car ce serait supposer qu’il existe plusieurs natures humaines. Or, seul le libéralisme pense les relations humaines, sans chercher à modifier la nature humaine ou à en donner une vision erronée, mais en permettant l’épanouissement de chacun dans l’exercice de ses droits. C’est le caractère universel du libéralisme qui est au fondement sa dimension éthique. Le libéralisme est la seule vision consistant d’une part à reconnaître une ” nature humaine ” - par exemple le caractère rationnel de l’individu - et, d’autre part, à respecter pleinement chaque être humain dans toutes ses spécificités complètes. […]

Je trouve cette distinction importante : si l’on place la liberté individuelle comme une valeur essentielle, et un respect de la nature humaine, alors ce qui va contre doit être dénoncé comme une négation de l’individu dans son essence. Tout le débat qui vient ensuite est de préciser ce qu’on appelle liberté, et ce sera l’objet du prochain article consacré à cet extraordinaire livre. On y verra que la liberté ne peut être définie sans la notion de propriété. A bientôt !

Expression Libre est membre du réseau LHC

Continuez votre lecture avec :

8 commentaires à “Libéralismes humaniste et utilitariste”

  1. Fabien a dit :

    “seul le libéralisme pense les relations humaines, sans chercher à modifier la nature humaine ou à en donner une vision erronée, mais en permettant l’épanouissement de chacun dans l’exercice de ses droits”

    Voilà quelque chose d’extraordinaire !

    Après 2 millions d’années d’existence, l’Homme (ou devrais-je dire l’homme blanc chrétien à la bourse pleine), parvient enfin à découvrir le vrai humanisme, le seul humanisme, qu’il qualifie du terme si mélodieu de libéralisme (comme “liberté” et “réalisme”).

    Etrange… Dans ma liberté individuelle il se trouve que l’examen assidu de mon être m’amène à la conclusion que l’autre c’est moi. Mon attachement à ce que je possède constitue ma plus grande illusion et ma liberté est entravée justement par cet attachement au moi, au mien, à l’ego.

    Or il me semble que ces observation se rapproche plus des enseignements contenus dans les antiques vedas que dans les théories libérales, ou devrais-je dire, chrétiennes fondamentalistes (dont la génèse est plus que douteuse).

    Qu’en pensent, d’après vous, les philipins ou les indiens à qui on a “volé” l’eau qu’ils ont bu sans rien demander à personne pendant des millénaires ? Et ces indigènes qui se voient attaqués parcequ’ils continuent d’utiliser leurs remèdes ancestraux malgré qu’un opportuniste libéral ait déposé un brevet sur le génôme concerné ?

  2. LOmiG a dit :

    salut Fabien, je me permet de préciser deux choses : 1) dans le libéralisme, la propriété est à entendre au sens large : propriété de soi, propriété du fruit de son travail, et propriété de biens matériels. Quand tu dis que ton attachement à ce que tu possèdes est la plus grande illusion et que ça entrave ta liberté, j’imagine que c’est une approche un peu “bouddhiste”, qui consiste à vouloir expliquer que le “moi”, et l’attachement nuise à la liberté. Ok. Mais là je parle de politique, pas de moine dans son monastère, hors de la vie. Ce que tu possèdes, c’est aussi et surtout ta liberté de penser, de parole, d’action, et de profiter de ce que tu produits, de ce que tu possèdes. On doit laisser à chaque être humain cette liberté. Ou alors on cours vers la dictature. Chacun est libre ensuite de se départir de ces choses là, pour telle ou telle raison spirituelle. 2) Ceux qui attaquent les indigènes utilisant un remède ancestral ne sont pas des libéraux : ce sont des voleurs. Le libéralisme base sa réflexion sur la propriété sur le fait que le premier “propriétaire” a le droit de propriété. Les indigènes dont tu parles (qui sont-ils au fait, je ne connais pas cettehistoire ?) sont de fait les propriétaires de la médecine qu’ils utilisent. Ceux qui ont posé un brevet sur les produits chimiques en question, s’il s’agit exactement de la même chose, sont des voleurs. pour le libéralisme, en tout cas. Il ne faut pas croire que le libéralisme est une doctrine qui légitime le vol : au contraire, elle est basée sur le respect très strict de la propriété. à bientôt merci pour ton commentaire !

  3. Fabien a dit :

    Bonjour,

    Je n’ai pas l’intention d’aller me planquer dans un monastère (l’endoctrinement, la pensée unique, c’est pas mon truc…), bien que ça en arrangerait certains. Je distingue pour ma part la liberté de penser,de parler et d’agir de la liberté de posséder. On est toujours libre de penser, de parler et d’agir, à ses risques et périls parfois. Mais pour ce qui est de posséder, ça dépend de la société dans laquelle on vit. Je fais une distinction entre le besoin d’un espace d’intimité et le désir de posséder. Pour moi on peut très bien vivre dans une société collectiviste sans pour autant se voir privé du droit à un espace d’intimité. Si un enfoiré de capitaliste qui se prétend libéral (au sens où tu l’entends : libre de posséder) s’empare du bien commun en passant un accord douteux avec “les représentants” du peuple, il prive les plus démunis de ce bien, dont il pourra pourtant se targuer d’être le propriétaire de bon droit. Ok pour la propriété (une vieille tradition), mais il devrait y avoir une limite à celle-là et de toute façon il faudrait revoir la théorie économique actuelle. Quand on commence à professer une théorie en disant qu’elle est aussi vraie que 2 et 2 font 4 (cf. François Guillaumat) sans apporter d’arguments probant il y a de quoi soupçonner l’arnaque ! Voici un exemple de brevetage qui finalement tourne à l’avantage des indigènes : Go >> http://www.alterinfos.org/spip.php?article1094 Le problème avec les peuples premiers c’est que chez eux la propriété n’existe tout simplement pas (le plus souvent). Ils n’ont même pas de mot pour l’exprimer et il ne peuvent que difficilement le concevoir, alors pour ce qui est de la défendre… On ne leur reconnaît en général aucun droit de propriété. Ils sont considérés comme des squatteurs. En Guyane française, avec la création de la Réserve Nationale, il vont se voir interdit le droit de chasser et de pêcher, alors qu’ils souffrent déjà de la polution au mercure provoquée par les libéraux chercheurs d’or (libres de saccager leur propriété avec la bénédiction de l’Etat). Tout ça pour dire que pour moi la limite de ce discour libéral, bien qu’il semble se baser sur des présupposés qu’on peut qualifier de noble au premier abord, c’est que pour que chacun soit maître chez lui sans empiéter sur la liberté d’autrui, il faudrait tout d’abord que chacun ait un “chez lui” (au moins 40 m²) et ensuite il faudrait que l’indépendance de tous les phénomènes soit effective (or c’est plutôt l’inverse que j’observe). Je vais pas m’étaler plus, ça fait déjà long. J’apprécie que tu prennes le temps de me répondre (et sans aggressivité).

    Fraternellement.

    Fabien.

  4. LOmiG a dit :

    salut Fabien, c’est normal que je te répondes sans agressivité : sinon mon blog ne serait pas fidèle à son titre ! Ce que je ne comprends pas très bien dans ton argumentation, c’est que - pour montrer les limites du libéralisme - tu cites en exemple des choses choquantes, certes, mais qui sont à l’opposé de ce que le libéralisme propose comme cadre de pensée. Loin de prouver quoi que ce soit contre le libéralisme, ce sont au contraire autant d’argument pour que l’on essaye de le mettre un peu plus en œuvre concrètement..! Mais peut-être que ton propos est de dire que le libéralisme est “utopique”, et inapplicable ? je ne le pense pas, pour ma part, mais en tout cas, ne lui mettons pas sur le dos des choses qui n’en ressortent pas ! à bientôt !

  5. Rachid François a dit :

    je suis sans condition pour le liberalisme humaniste, car il engendre un climat bien plus “prospère” en libérant les energies.

  6. LOmiG a dit :

    salut Rachid François, merci pour ton commentaire. Je suis également pour le libéralisme humaniste : il repose sur des bases morales saines et universelles. Il permet d’écarter les choses “arbitraires”, ce qui est à mon avis indispensable en démocratie. Et tu as raison de dire qu’il est plus prospère : c’est effectivement la base du capitalisme, qui a montré depuis longtemps qu’il était la seule voie connue de création de richesse efficace. à bientôt !

  7. La grande déception » Expression Libre a dit :

    [...] en politique comme ailleurs. Au vu de la définition du réalisme ci-dessus, et alerté par certains passages de Pascal Salin, je suis allé en vérifier le sens. Idéologie : Ensemble plus ou moins cohérent [...]

  8. La vérité sur le néolibéralisme » Expression Libre a dit :

    [...] que quelques heures devant soi… ↩reprise par Pascal Salin dans ses ouvrages, en distinguant “libéralisme utilitariste” et “libéralisme humaniste” ↩notion [...]

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser la syntaxe Markdown pour mettre en forme vos commentaires.

Pour associer une image à votre nom dans les commentaires, il suffit de s'inscrire sur Gravatar (Gratuit et rapide).