Citation du dimanche #65
24 février 2008
Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d’une société libre, le second n’est qu’une forme de servitude.
Il y a toutes les différences du monde entre traiter les gens de façon égale et tenter de les rendre égaux. Si le premier est la condition d’une société libre, le second n’est qu’une forme de servitude.
Ce que les Français détestent, ce ne sont pas les inégalités, ce sont les inégalités autres que celles qui sont octroyées par l’État.
Quelle égalité voulons-nous ? Une égalité devant la Loi, telle que l’entend la déclaration des droits de l’homme, ou une égalité de fait entre les humains ? La réponse est évidente, car une stricte égalité entre les humains n’est ni possible, ni souhaitable. Le respect de la liberté ET de l’égalité implique de bien définir ce qu’on entend par “Egalité”.
Le Conseil constitutionnel a validé l’essentiel du projet de loi travail, emploi, pouvoir d’achat (Tepa). Il a toutefois censuré le bénéfice du crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier pour les prêts déjà conclus. Au motif que cela rompt l’égalité des contribuables devant l’impôt. Argument débile, puisque les contribuables ne sont pas égaux devant l’impôt !
Lire la suite »
Le vice inhérent au capitalisme consiste en une répartition inégale des richesses. La vertu inhérente au socialisme consiste en une égale répartition de la misère.
Dernière ligne droite : le 22 avril prochain aura lieu le premier tour de l’élection présidentielle, et le 06 mai le second tour. On peut se plaindre du niveau de la campagne (par exemple là), mais personnellement je trouve que les sujets de fond ont été abordés : emploi, dette publique, effectif de la fonction publique, immigration, identité nationale, politique industrielle, réforme de l’université et l’enseignement…quels sujets n’ont pas été abordés ? aucun! Pour autant, on a l’impression d’un manque ; ce manque se situe, à mon avis, au niveau du débat public : la télé a toujours le don de mettre le focus sur des sujets de manière assez arbitraire, et pas assez longtemps. A nous d’écouter la radio, de lire, de discuter. Ne comptons pas sur la télé pour faire vivre le débat : nous sommes tous des acteurs du débat, non ?
Je pense qu’en parallèle de ce constat (manque de débat à la télé), il faut voir le poids d’un institution incontournable en France : le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (à ne pas confondre avec l’institut de sondage CSA. Son rôle est bien défini sur le site - j’en ai extrait les points concernant de près ou de loin les élections présidentielles - :
Ce que fait le CSA :
Ce que ne fait pas le CSA
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), autorité administrative indépendante créée par la loi du 17 janvier 1989, garantit en France l’exercice de la liberté de communication audiovisuelle dans les conditions définies par la loi du 30 septembre 1986 modifiée.
Voyons quels règles il a mis en place pour la couverture des élections présidentielles dans les médias.
Voilà les règles fixées pour cette campagne présidentielle (source journal Le Figaro)
Le CSA a divisé le calendrier de la campagne en trois périodes.
La première, dite « préliminaire », a commencé le 1er décembre 2006 et durera jusqu’au 19 mars. La liste des candidats n’est pas encore connue. Les règles s’appliquent donc, selon le CSA, aux « candidats déclarés » et aux « candidats présumés ». Les premiers sont ceux qui ont « manifesté par des actes significatifs leur volonté de concourir », les seconds ceux qui « concentrent autour d’eux des soutiens publics et significatifs à leur candidature ».
À ces candidats, télévisions et radios doivent réserver un temps de parole et d’antenne « équitable ». Selon Dominique Baudis, président du CSA, l’accès aux antennes doit être « en rapport avec leur notoriété et leur influence, leur représentativité et leurs activités de campagne ». Le candidat de CPNT, par exemple, ne sera pas traité de la même façon que Sarkozy ou Royal. Les propos des candidats « investis de fonctions officielles » ne sont pris en compte « que s’ils excèdent manifestement le champ de compétences de ces fonctions et peuvent avoir un impact significatif sur le scrutin ».
Du 20 mars au 8 avril durera la période dite « intermédiaire » : les noms des candidats définitifs seront connus, mais la campagne officielle n’aura pas commencé. La règle de « l’équité » demeurera pour les « temps d’antenne » (comptes rendus, commentaires et présentations) et les soutiens des candidats. En revanche, les temps de parole des candidats devront être rigoureusement équivalents, respectant la règle de « l’égalité ».
Du 9 avril au 6 mai, s’écoulera le temps de la campagne proprement dite. Les temps de parole et d’antenne devront être les mêmes pour tous les candidats et ceux qui les soutiennent. Les chaînes devront aussi exposer les événements liés à l’élection « avec mesure et honnêteté » et de « ne défavoriser aucune candidature ». Pendant cette période aura lieu, en outre, les émissions officielles de la campagne sur les chaînes et stations de radio publiques.
Nous sommes donc actuellement, et depuis le 20 mars, dans le phase “intermédiaire” : le temps de parole des candidats (dont les noms sont maintenant connus) doit être rigoureusement identiques..
Il me semble que cela bloque tout de même un peu le débat…: si une rédaction veut organiser un débat avec Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, il doit automatiquement en prévoir d’autres avec le même temps de parole pour la dizaine d’autres candidats…pas très pratique ! Comme il est impossible avec 12 candidats d’organiser un débat général (qui résoudrait le problème), le choix est difficile : ou bien on se met en porte-à-faux vis-à-vis du CSA, ou bien on monopolise son temps d’antenne avec des débats politiques…La solution la plus simple, encouragée par ce système donc, consiste à tout bonnement ne pas trop programmer de débats politiques avec les candidats…Drôle de logique, où pour garantir l’égalité, on diminue globalement le temps consacré à la politique…
Une manière de sortir de cela consisterait à laisser les rédactions libres de programmer ce qui leur chante…! On pourrait objecter que cela ruinerait toute objectivité journalistique, et qu’on assisterait à des choses biaisées. Comme si ce n’était pas déjà le cas ! Je crois - au contraire - que de laisser les rédactions libres de leur choix permettrait de pointer un peu du doigt cette séparation que les médias ont tant de mal à faire : celle entre le journalisme factuel, et les opinions. La liberté laissée aux rédactions permettrait au CSA de quantifier le poids donné par chaque média à chaque candidat. Libre ensuite aux auditeurs de s’orienter vers les moyens d’informations qu’ils préfèrent. Pourquoi la presse écrite pourrait-elle développer une forte composante dite d’opinion, et pas la télévision ? Est-ce pour maintenir le dogme de l’égalité sur le plus gros et le plus suivis des médias ? Ce dogme a fini par produire l’inverse de son but initial : de garant de l’équité de représentation des diverses composantes politiques (ce qui est indispensable), le CSA est devenu l’instrument derrière lequel la télévision se donne bonne conscience à peu de frais : je respecte le temps de parole égal des candidats, je n’ai donc pas à me poser la question déontologique principale, à savoir trancher entre informations factuelles et opinions personnelles.
J’ai écouté l’autre jour à la radio un débat qui était complètement faussé (sur BFM, très bonne radio par ailleurs) , simplement du fait que tous les participants utilisaient le mot “inégalité” comme synonyme de “pauvreté”. Créer de l’inégalité équivalait implicitement dans leur discussion à créer de la pauvreté ? Rien n’est moins sûr, pourtant…
Tout cela m’a fait repenser à un passage de l’excellent “La guerre des deux France”, où Jacques Marseille compare les progressions de niveau de vie aux USA et en France sur une période de 20 ans, ainsi que les progressions des inégalités. La conclusion est simple :
La question – centrale, à mon avis - que pose ensuite J. Marseille est la suivante :
Vaut-il mieux vivre plus riche dans une société plus inégalitaire, ou plus pauvre dans une société plus égalitaire ?
Cela force à s’interroger sur le type de société que l’on veut construire, et sur ce qu’il est possible de faire. L’inégalité est-elle moins souhaitable que la pauvreté ? La richesse est-elle moins souhaitable que l’égalité ? Peut-on créer en même temps de la richesse et de l’égalité ?
C’est toute la question des rôles respectifs de l’économie et de la politique qui se joue sur ces questions…on ne peut pas en tout cas pas les régler d’un trait de plume, en assimilant “inégalité” et “pauvreté”.
Si vous voulez plus de chiffres, allez faire un tour sur ces deux liens :
Le monde est injuste. Il suffit de regarder autour de soi pour constater des injustices monstrueuses. Quelle justice dans le monde quand on peut naître malformé ? Ou malade ? Ou dans une famille qui ne nous donnera pas d’amour ? Ou dans un pays dévasté par la maladie ou la guerre ? Il y a sur la terre des gens qui naissent avec tout et d’autres avec rien. C’est tout le sens qui est contenu là, et les droits de l’homme. Dire que les hommes naissent libre et égaux en droit, c’est affirmer que, malgré toutes les inégalités injustes présentes au départ, la société que l’on veut construire n’en créera pas de supplémentaires.
Cela, c’est le constat que l’on peut faire à 12 ans, en ouvrant les yeux. Et ce sentiment d’injustice est une facette très humaine et très communément partagée de nos sentiments.
La suite, c’est de savoir comment on garantit le mieux possible qu’une société ne produit pas d’injustices supplémentaires. Et trouver l’équilibre entre l’égalité et la justice. C’est un sujet qu’on n’aime pas trop en France : l’égalité est-elle forcément juste ?
Poser en principe l’égalité de droit c’est une très bon moyen d’éviter un certain nombre d’injustices de type « castes ». Mal comprendre ce principe, c’est vouloir une égalité de fait, et c’est l’esprit du communisme.
Ce qui est choquant dans les inégalités, ce sont celles qui ne sont pas méritées. Celles qui sont là avant ou dès la naissance, où qui sont créées malgré nous par l’environnement. Une société juste se doit de corriger ces inégalités là.
Il ne faut pas se tromper de cible et vouloir corriger toute inégalité. Certains Français sont soupçonneux dès qu’une inégalité pointe le bout de son nez. Même si elle est juste. Dire qu’une inégalité peut être juste, c’est déjà douteux pour beaucoup. Cela force à poser la question du mérite, centrale dans les sociétés démocratiques libérales telles que la nôtre.
Les injustices sont à mon avis la principale source de mécontentement dans notre société ; peut-être même que le sentiment d’injustice est une source de violences sociales plus importante que la pauvreté à moyen terme.
Réfléchir aux rapports entre la justice sociale et l’égalité est indispensable.
Comme le disait Aristote :
La plus grande injustice est de traiter également les choses inégales.
J’espère que toutes ces questions seront débattues librement par les candidats à l’élection présidentielle ; cela permettrait de sortir un peu de la schizophrénie ambiante qui consiste à vivre dans une société qui soupçonne toujours celui ou celle qui réussit économiquement, tout en vivant sur son dos. Histoire d’être un peu plus justes.