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Autonomie et heteronomie

1 mars 2007

Raymond Boudon, dans le hors-série du Point sur le libéralisme, commence l’interview qui lui est consacrée par préciser ce qui, selon lui, sépare les socialistes des libéraux. Les libéraux mettent l’accent sur l’autonomie des humains, et les socialistes sur l’hétéronomie. C’est effectivement le point central. Voyons donc les définitions de ces termes (même si l’étymologie est relativement claire).

AUTONOMIE :

  • Faculté de se déterminer par soi-même, de choisir, d’agir librement
  • Liberté, indépendance morale ou intellectuelle

HETERONOMIE :

  • Fait d’être influencé par des facteurs extérieurs, d’être soumis à des lois ou des règles dépendant d’une entité extérieure.

Voilà pour l’opposition frontale, les deux pôles. D’un côté l’accent est mis sur la liberté individuelle, la responsabilité. De l’autre, l’accent est mis sur les causes biologiques, socio-culturelles et psychologiques. Comme toujours, la vérité est à chercher entre les deux…ou plutôt avec les deux ! A l’évidence, l’homme et son action sont à la fois hétéronomes et autonomes. La vérité - qui concerne l’action, parce que le monde et les hommes sont en perpétuel mouvement - est donc plus de savoir où on se situe par rapport à l’équilibre. Les extrêmes à éviter sont simples :

  • Expliquer l’être humain uniquement par des causes externes non dépendantes de sa volonté, c’est nier la formidable force évolutive de la liberté et de la raison, et c’est nier toute responsabilité de nos actes ! A donner trop de place à la cause externe, on oublie la liberté individuelle qui est l’oxygène de l’esprit
  • Expliquer l’être humain uniquement par ses décisions supposées libres, c’est nier la formidable emprise de la biologie, de la culture et de l’inconscient sur notre vie. A donner trop de place à la liberté individuelle, on oublie la nécessaire prise en compte de l’injustice du monde et la solidarité

Il importe donc d’insister là-dessus : l’homme est le résultat de causes externes ET de sa liberté de ses choix. Dans chaque situation particulière, la question est de savoir si on met trop l’accent sur l’un ou l’autre pôle. La France - nous ! - , en ce moment particulier de son histoire, doit remettre l’accent sur l’autonomie des individus (donc sur leur responsabilité), sous peine de les étouffer ; ça ne veut pas dire qu’il faut oublier toutes les causes externes qui motivent leurs actes, tout le poids de la socio-culture. C’est simplement le constat qu’on est d’un côté de l’équilibre, et cela montre dans quel sens une action vraie et juste peut et doit se développer.

L’esprit de l’athéisme

18 février 2007

Couverture du livre paru chez Albin MichelJe viens de terminer “L’esprit de l’athéisme“, de Comte-Sponville. C’est Max qui me l’avait offert Noël. Super cadeau ! C’est un livre court, dense et plein de raison, comme d’habitude avec Comte-Sponville.
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Etes-vous matérialistes ? (la cause de l’esprit)

30 novembre 2006

Etes vous matérialistes ?
Laissons de côté la définition courante qui sert à décrire les gens “s’attachant avec jouissance aux biens, aux valeurs et aux plaisirs matériels ; cela n’a pas grand interêt…
La définition du matérialisme est la suivante (issue de Lexilogos, découvert grâce à Max) :

Matérialisme : Doctrine qui, rejetant l’existence d’un principe spirituel, ramène toute réalité à la matière et à ses modifications.

Nous voilà bien avancés, n’est-ce pas ? En fait, oui ! Il faut définir ce qu’est un “principe spirituel”, et la “matière”.
Commençons par la “matière” :

Matière : substance dont sont faits les corps perçus par les sens, et dont les caractéristiques fondamentales sont l’étendue et la masse.

Admettons que les physiciens soient les mieux placés pour la définir : la matière est constituée d’atomes (on peut raffiner, mais l’essentiel est là).
Définissons maintenant, et c’est plus difficile, “principe spirituel”. Un principe, c’est l’idée de début, et/ou de cause. Ici, c’est l’idée de cause qui nous intéresse. Spirituel, ensuite :

Spirituel : de l’ordre de l’esprit, de l’âme, qui concerne sa vie, ses manifestations, qui est du domaine des valeurs morales ou intellectuelles.

Un principe spirituel, c’est donc en gros (dites moi si je me trompe…) : la cause de la pensée, de l’esprit.
La pensée a t’elle une cause autre que matérielle ?
En ce qui concerne le siège de la pensée, je pense que tout le monde est d’accord : les neurones sont le siège biologique de la pensée, et ils sont eux-mêmes constitués de cellules, elles-mêmes constituées d’atomes.
Mais, avoir identifié le siège matériel de la pensée, de la spiritualité, ne nous dit pas grand-chose sur sa cause. C’est là le point de séparation entre les croyants et les non-croyants. Trois options sont possibles à partir de là :

  • vous croyez que la cause de la pensée, de la vie spirituelle est ailleurs que dans cet enchevêtrement de neurones, et vous croyez donc en un principe spirituel (Dieu?)
  • vous croyez que la cause de la pensée, ce sont les mouvements des atomes dans les neurones, et vous êtes matérialiste
  • vous croyez que la pensée est bien le résultat de l’activité neurale, mais que la “cause” elle-même de la pensée restera un mystère, vous êtes ce qu’on pourrait appeler un agnostique

Pour ma part, la raison me pousse à considérer la troisième solution comme la plus sage, mais ma conviction est plus proche de la deuxième.
Et vous ?