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DLL - Les limitations permanentes de notre connaissance des faits

21 octobre 2008

Chapitre premier : “Raison et évolution”

Les limitations permanentes de notre connaissance des faits

La façon de voir constructiviste conduit à des conclusions fausses parce que les actions de l’homme réussissent largement – non pas seulement au stade primitif mais plus encore sans doute au stade de la civilisation - grâce au fait qu’elles sont adaptées à la fois aux faits particuliers que l’homme connaît et à un grand nombre d’autres faits qu’il ne connaît ni ne peut connaître. […] cette inéluctable ignorance de la plupart des données qui entrent dans l’ordre de la Grande Société1 est la racine du problème central de tout ordre social ; la fiction par laquelle cette ignorance est provisoirement mise de côté n’est la plupart du temps jamais explicitement abandonnée, on se contente de la passer sous silence. Après quoi, le raisonnement suit son chemin comme si cette ignorance n’avait aucune importance.[…]

Ce sera l’une de nos thèses principales, que la plupart des règles de conduite qui gouvernent nos actions, et la plupart des institutions qui se dégagent de cette régularité sont autant d’adaptations à l’impossibilité pour quiconque de prendre consciemment en compte tous les faits distincts qui composent l’ordre d’une société. Nous verrons en particulier que la possibilité de la justice repose sur cette limitation inéluctable de notre connaissance des faits et que, par conséquent, la compréhension profonde de la nature de la justice est refusée à tous les constructivistes qui raisonnent habituellement à partir d’une présomption d’omniscience. […] L’erreur caractéristique des rationalistes constructivistes est, à cet égard, qu’ils ont tendance à fonder leur raisonnement sur ce qui a été appelé l’illusion synoptique, c’est-à-dire sur cette fiction que tous les faits à prendre en considération sont présents à l’esprit d’un même individu et qu’il est possible d’édifier, à partir de cette connaissance des données réelles de détail, un ordre social désirable.

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  1. D’après ce que j’ai compris, la “grande société” d’Hayek est proche de la société ouverte décrite par Popper dans “La société ouverte et ses ennemis”

DLL - Introduction

3 août 2008

C’est parti ! Voici quelques citations choisies dans le chapitre d’introduction de “Droit, législation et liberté”, de Hayek. L’articulation du livre y est décrite : les trois livres regroupés parlant respectivement du droit, de l’économie et des institutions politiques y sont décrits dans les grandes lignes. Mais je préfère revenir sur quelques passages que je trouve beaux, ou importants, ou les deux. Je redis que mon but n’est pas ici de livrer une analyse de cet ouvrage magistral (il se suffit bien à lui-même), mais de partager avec vous ce que j’y trouve de bien.

Cette introduction s’ouvre sur une citation de Montesquieu :

Des êtres intelligents peuvent avoir des lois qu’ils ont faites, mais ils en ont aussi qu’ils n’ont pas faites.

De l’esprit des lois, I, p. I

Assurer la liberté individuelle : un combat d’actualité

Lorsque Monstesquieu et les rédacteurs de la constitution américaine exposèrent la conception, qui s’était développée en Angleterre, d’une constitution limitative, ils proposèrent un modèle qu’a toujours suivi le constitutionalisme libéral. Leur objectif principal était de fournir des sauvegardes institutionnelles à la liberté individuelle ; et le dispositif dans lequel ils placèrent leur confiance fut la séparation des pouvoirs. Dans la forme où nous la connaissons, cette division du pouvoir, entre la législature, le judiciaire et l’administration, n’a pas atteint le but auquel elle était censée parvenir. Partout les gouvernements ont obtenu, par des moyens constitutionnels, des pouvoirs que ces hommes entendaient leur dénier. La première tentative en vue d’assurer la liberté individuelle par des constitutions a manifestement échoué. […] Pour moi, leurs buts (des rédacteurs de la constitution, ndr) apparaissent aussi valables que jamais. Mais comme leurs moyens se sont avérés inadéquats, quelque nouvelle invention institutionnelle est nécessaire.

Causes de l’échec

[…] j’en suis venu à voir clairement pourquoi ces idéaux n’avaient pas su garder l’adhésion des idéalistes, à qui sont dus tous les grands mouvements politiques, et à comprendre quelles sont les croyances de notre époque qui se sont montrés inconciliables avec les idéaux en question. Il me semble à présent que les raisons de cette évolution ont été principalement : la perte de la croyance en une justice indépendante de l’intérêt personnel ; par voie de conséquence, le recours à la législation pour autoriser la contrainte, non plus simplement pour empêcher l’action injuste, mais pour atteindre des objectifs particuliers concernant des individus ou des groupes spécifiques ; et la fusion, entre les mains des mêmes assemblées représentatives, de la mission d’énoncer les règles de juste conduite, avec la mission de diriger le gouvernement.

Tôt ou tard, les gens découvriront que non seulement ils sont à la merci de nouvelles castes privilégiées, mais que la machinerie para-gouvernementale, excroissance nécessaire de l’Etat tutélaire, est en train de créer une impasse en empêchant la société d’effectuer les adaptations qui, dans un monde mouvant, sont indispensables pour maintenir le niveau de vie atteint, sans parler d’en atteindre un plus élevé.

Je passe sur les idées d’ordre spontané et de justice sociale, qui sont évoquées dans l’introduction : nous aurons l’occasion d’y revenir plus loin.

Un but : une nouvelle constitution

C’est seulement dans ce livre-ci que je me pose la question de savoir quel arrangement constitutionnel, au sens juridique du terme, pourrait le mieux conduire à préserver la liberté individuelle.

Une méthode de réflexion : le rationnalisme évolutionniste

J’ai été effectivement amené à la conviction que les plus importantes divergences de notre temps, non seulement scientifiques mais aussi politiques (ou “idéologiques”), proviennent initialement de certaines différences entre deux écoles de pensée, dont on peut démontrer que l’une est dans l’erreur. Les deux sont communément appelées rationalisme, mais je devrais les distinguer en rationalisme évolutionniste (ou comme l’appelle Sir Karl Popper, “critique”), et rationnalisme constructiviste (”naif”, selon Popper), le second étant erroné. Si le rationalisme constructiviste peut être montré comme reposant sur des présomptions matériellement fausses, c’est tout une famille de pensées et d’écoles qui se trouvera convaincue d’erreur.

Un résultat : réfutation du socialisme

Dans les domaines théoriques, c’est en particulier le positivisme juridique et la croyance connexe en la nécessité d’un pouvoir “souverain” illimité, dont le sort est lié à celui de cette erreur. Il en va de même de l’utilitarisme, au moins dans sa variante axée sur l’acte ; je crains aussi qu’une part non négligeable de ce qu’on appelle “sociologie” ne soit une progéniture directe du constructivisme lorsqu’elle présente son but comme étant de “créer l’avenir du genre humain” ou, selon les mots d’un auteur, affirme “que le socialisme est l’aboutissement logique et inévitable de la sociologie”. Toutes les doctrines totalitaires, dont le socialisme n’est que la plus noble et la plus influente, sont concernées par cette critique du constructivisme. Elles sont fausses, non en raison des valeurs sur lesquelles elles s’appuient, mais parce qu’il y méconnaissance des forces qui ont rendu possible la Grande Société et la civilisation. La démonstration que les oppositions entre socialistes et non-socialistes sont fondées initialement sur des questions purement intellectuelles susceptibles de solution scientifique, et non sur des jugements de valeur différents, me semble l’un des aboutissements les plus importants de la réflexion poursuivie dans ce livre.

Si Hayek, dans l’introduction, n’annonce pas une réfutation théorique du socialisme, ni plus ni moins, c’est que je ne sais plus lire ! Tout un programme, qui va être passionnant à suivre. J’aime beaucoup l’idée de raisonner en se basant sur des choses qui sont de l’ordre de la connaissance, et non sur des jugements de valeurs : indispensable pour pouvoir progresser ensemble.

Retrouvez les autres notes de lectures sur la page d’index de “Droit, législation et liberté”

Citation du dimanche #71

6 avril 2008

Libéralisme et intervention de l’État ne sont pas contradictoires ; aucune liberté n’est possible si l’État ne la garantit pas.

Karl Popper

Interview d’Alain Boyer : dixième et avant-dernière partie

3 avril 2008

Suite de la partie de l’interview consacrée à Karl Popper. On continue à y parler de mots en “isme” (nihilisme, relativisme, essentialisme, déclinisme, marxisme), du sens de l’histoire, d’écologie, de science, de la possibilité de changer et d’évoluer. Et du commerce qui est décidemment mal compris en France. Passionnant ! C’est l’avant-dernière partie de cette interview. Vous pouvez retrouver toutes les parties de l’interview dans le sommaire ! …Bonne lecture !

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Interview d’Alain Boyer : neuvieme partie

31 mars 2008

On continue l’interview avec le récit de la rencontre entre Alain Boyer et Karl Popper, et l’examen de la philosophie politique de ce dernier. On y parle de “société ouverte”, de démocratie, de libéralisme et d’utilitarisme. Vous pouvez retrouver toutes les parties de l’interview dans le sommaire ! …Bonne lecture !

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Interview d’Alain Boyer : huitieme partie

25 mars 2008

Je reprends la publication de l’interview d’Alain Boyer, professeur de philosophie politique à la Sorbonne. Vous pouvez retrouver les autres parties de l’interview dans le sommaire ! Le dernier morceau publié datait du 25 janvier, et le sujet était l’Islam, et les religions en général. Nous abordons maintenant Karl Popper, dont Alain Boyer est un spécialiste, et donc la philosophie des sciences, la métaphysique…Bonne lecture !

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Karl Popper : la democratie liberale en 8 points

28 septembre 2007

Karl PopperAvant de pouvoir vous présenter par morceaux l’interview d’Alain Boyer que j’ai réalisé vendredi dernier, voici le texte qu’il avait choisi pour illustrer la pensée de Popper dans le hors-série sur le libéralisme sorti par Le Point avant les présidentielles. Les principes libéraux explicités en huit points. Pas un de plus, pas un de moins.

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