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Membre de LHC

Le PS, les blogueurs, et le vide idéologique de la gauche française

11 juin 2008

J’ai été surpris l’autre jour à la lecture d’un billet sur Partageons mon avis : “La gauche et moi“, dans lequel Nicolas, blogueur influent, explique ses “relations” avec la gauche. Après avoir dit le mal qu’il pense des conflits internes, et des querelles de personne, il exprime la ligne d’accord idéologique entre “gens de gauche” et /ou militants PS :

Nous sommes tous partisans des libertés à la condition qu’aucun citoyen ne soit laissé de côté : la vie économique doit donc être encadrée et les moyens mis en commun par la solidarité nationale importants.

Puis, Nicolas précise qu’il y a “deux autres principaux sujets qui [les] unissent”.

Le premier est la lutte contre la droite Française qui, non seulement mène une politique complètement contreproductive pour l’économie, presque dévastatrice, mais se fait un malin plaisir à revenir sur des années, voire des siècles de progrès social. Ils nous expliquent qu’ils font ça au nom de la modernité mais j’ai du mal à comprendre en quoi c’est moderne de travailler plus ou de “payer” des franchises médicales.

Dévastatrice ? Oui. Je ne vais pas m’étendre mais quand GDF et Suez seront totalement la propriété de fonds de pension Américain, je ne vois pas comment on pourra rebâtir une industrie nationale…

Le deuxième est la lutte contre le style de gouvernance qui se fait dans un total mépris de la République et de ses institutions. Nicolas Sarkozy s’est ressaisi en début d’année après un mauvais cap (la réception de Kadhafi, l’annonce de sa relation avec Carla Bruni chez Mickey, …) mais le fond n’y est toujours pas.

Si je résume, à part une sorte phrase creuse expliquant qu’il ne faut laisser personne de côté (comment ?), on trouve dans ce texte deux positionnement forts : contre la droite, et contre le style de gouvernance. Où sont les idéaux mis en avant par la gauche ? On s’en tape du style de gouvernance ! Où sont les propositions pour l’émancipation - des femmes, des faibles, des enfants - dans la société française ? Où sont les grands axes de politique ? Où est le positionnement économique ? Où sont les propositions permettant de redistribuer les richesses équitablement, sans pénaliser ceux qui les produisent ?

On sent bien la proximité idéologique (revendiquée d’ailleurs dans le billet) avec le PS : anti-sarko, et pas l’ombre d’une proposition. Tant que la gauche sera dans une posture d’opposition systématique, elle sera condamnée à rester ce qu’elle est aujourd’hui : divisée sans pour autant que se dessinent des courants, dramatiquement attirée par ses extrêmes. En se positionnant en “anti”, comme le fait Nicolas, la gauche modérée fait le jeu de l’extrême gauche, et penche vers les extrêmes. Au jeu des “anti”, il n’y a rien de meilleur qu’un extrême : il n’est d’accord avec rien. Il est *contre*. J’attends de la gauche qu’elle me dise *pour* quoi elle est. Et comment elle compte y parvenir.

Conseils de lecture #3

17 mai 2008

Bonne lecture !

Valls, le solitaire ?

6 mai 2008

La blogosphère n’en a pas beaucoup parlé. De droite comme de gauche. Et pourtant, les positions exprimées par Manuel Valls, pleines de bon sens, et de sens de la responsabilité, tranchent clairement avec la position officielle du PS. Est-ce le signe d’un début de changement d’attitude au PS ? Il faut soutenir, en tout cas, ce type de discours qui sort de l’opposition systématique, et qui se place dans le registre de la proposition et du progrès.

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Citation du dimanche #72

13 avril 2008

Et après tout, qu’est-ce que la Concurrence? Est-ce une chose existant et agissant par elle-même comme le choléra? Non, Concurrence, ce n’est qu’absence d’oppression. En ce qui m’intéresse, je veux choisir pour moi-même et ne veux pas qu’un autre choisisse pour moi, malgré moi; voilà tout. Et si quelqu’un prétend substituer son jugement au mien dans les affaires qui me regardent, je demanderai de substituer le mien au sien dans les transactions qui le concernent. Où est la garantie que les choses en iront mieux? Il est évident que la Concurrence, c’est la liberté. Détruire la liberté d’agir, c’est détruire la possibilité et par suite la faculté de choisir, de juger, de comparer; c’est tuer l’intelligence, c’est tuer la pensée, c’est tuer l’homme. De quelque coté qu’ils partent, voilà où aboutissent toujours les réformateurs modernes; pour améliorer la société, ils commencent par anéantir l’individu, sous prétexte que tous les maux en viennent, comme si tous les biens n’en venaient pas aussi.

Frédéric Bastiat

Peut-on être optimiste ?

5 septembre 2007

djihadEternelle discussion entre collègues, où je découvre que je dois être le seul être de la planète à croire au progrès. Tout va mal, m’explique-t-on, et le pire est certain. Je sors donc mes rames, et explique que si le pire est toujours possible, il n’existe pas moins des raisons d’être optimistes. Et qu’il est très important de savoir distinguer ce qui va dans le mauvais sens de ce qui va dans le bon sens pour qu’une action efficace soit possible. Après le développement humain, exemple de la guerre…
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Le progres existe, et il se mesure

3 septembre 2007

Courbe d'IDH sur les 25 dernières annéesComment savoir si le progrès existe ? Peut-être en se demandant ce qui pourrait caractériser le développement des populations dans le monde. C’est ce que font les Nations Unies depuis longtemps. L’indice qui est calculé pour évaluer cela est l’Indice de Développement Humain. Il est calculé en moyennant 3 indices quantifiant le savoir, la santé et le niveau de vie. Et depuis 30 ans, il augmente dans toutes les régions du monde. Le progrès existe !

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Pensée du matin

10 juillet 2007

Pendant que certains vont négocier à Bruxelles le retour à l’équilibre des finances publiques pour 2012 au lieu de 2010, pendant qu’on se demande comment réformer intelligemment l’université et le monde du travail, des fous religieux au Pakistan utilisent comme boucliers humains des femmes et des enfants dans la Mosquée rouge. Le gouvernement pakistanais à lancé l’assaut hier. Plus de quarante morts. Et ça n’est pas fini. C’est cela, le monde : le contraste saisissant et dramatique entre ce qui se construit, et ce qui se détruit. N’arrêtons pas de construire au prétexte que certains détruisent. C’est au contraire une raison de plus pour saisir toute l’urgence de l’action. Allah est grand.

Distinction entre responsabilité et conviction

5 juin 2007

Quelques temps avant l’élection présidentielle, Alain Boyer (professeur de philosophie politique à l’université de Paris-IV - Sorbonne), avait écrit un excellent article dans le Figaro. Son titre ? “Si vous êtes vraiment de gauche, votez Sarkozy!”. Cet article est vraiment excellent, clair et concis à la fois. Je ne peux que vous conseiller de le lire !
Je reviens dessus simplement parce que la distinction qu’il fait dès le début entre “morale de conviction” et “morale de responsabilité” est essentielle, et me parle beaucoup. On retrouve partout, en politique comme au travail, cette ligne de scission entre convictions et responsabilités.

Max Weber et Raymond Aron ont in­sisté sur deux atti­tudes possibles : la morale de la conviction, qui ne s’intéresse pas aux effets de l’ac­tion mais seulement à ses intentions, et la morale de la responsabilité, qui cherche à anticiper les conséquences d’une action avant d’arbitrer, parfois dans la douleur, en sa faveur. Cette morale n’a rien à voir avec le « réalisme » amoral. Mais elle tient qu’il est immoral de poser au moraliste intègre sans s’interroger sur le bilan prévisible de ses actes. On peut opposer, comme le philosophe « républicain » Philip Pettit, le fait de vouloir « honorer » une valeur et celui de chercher à la « promouvoir ». Seule cette atti­tude-ci est responsable.

Il décrit ensuite, à l’aide d’exemple concrets, la différence entre ces deux attitudes. Vraiment, il faut lire cet article magistral !
Pour finir, la conclusion de l’article :

Aujourd’hui, vu l’état du pays, il faut avoir le courage de pro­poser certaines réformes dites « libérales », incitatives, et ­né­gociées avec ceux qui, comme la CFDT, acceptent de ne plus considérer la politique en démocratie comme une guerre, un conflit à somme nulle, mais comme une délibération commune suivie de compromis.
Quiconque veut promouvoir les valeurs sociales devra en passer à l’heure qu’il est par des réformes dites « libérales », conditions sine qua non de la sauvegarde des retraites et de la Sécurité Sociale. La justice doit prendre en compte les générations futures. Les hommes et les femmes politiques de progrès sont ceux qui ont cessé de prendre les électeurs pour des idiots économiques - cessant de faire comme s’il suffisait de « faire payer les riches », de s’endetter et de moins travailler - et se donnent les moyens de promouvoir réellement la liberté, l’égalité et la solidarité.
Quant aux émotifs qui méprisent les « calculs » et la « rentabi­lité », rappelons cette phrase de l’économiste marxiste Charles Bettelheim, citée naguère par Michel Rocard : « Quand on cesse de compter, c’est la peine des hommes que l’on cesse de compter ». Même si l’on peut en critiquer certains aspects, seul le programme économique de Nicolas Sar­kozy, comme l’était celui, très proche, de François Bayrou, semble en mesure de promouvoir à long terme les valeurs du progrès social, de la protection et de la liberté. La démarche d’hommes de gauche comme Christian Blanc et Eric Besson n’est donc pas une trahison de leurs valeurs. Français, encore une effort pour promouvoir les valeurs de gauche !